Conseils et emploi

Le Smic s'incruste en France

Vingt des vingt-sept pays de l’Union européenne disposent d’un salaire minimum analogue au Salaire minimum interprofessionnel de croissance, le fameux Smic français. Parmi les « grands noms » de l’Union Européenne, l’Allemagne est le seul état à ne pas prévoir ce dispositif. Contrairement à une idée reçue, le salaire minimum français n’est pas le plus élevé : il est moins important que ses équivalents belge, néerlandais, anglais ou encore irlandais.

 

Rappelons que depuis le 1er juillet, le tarif horaire brut du smic est passé à 8,71 euros, soit 1 321,02 mensuellement pour 35 heures hebdomadaires (1 037,53 euros net). La principale caractéristique française est le nombre d’employés payés au salaire « plancher ». On considère que 2.5 à 3 millions d’employés français sont assujettis au salaire minimum soit entre 16 et 17 % du volume des employés du privé. En comparaison, l’Espagne ou encore le Royaume-Uni comptent moins de 3 % de smicards. Un seul pays se rapproche grosso modo de la France, il s’agit de…la Bulgarie.

 

Le Smic attire les investissements étrangers
Comment expliquer ce phénomène ? Les économistes de tous bords, libéraux ou non, donnent une explication assez simple. A partir des années 90, les gouvernements français successifs ont mis en place de nombreux systèmes d’allégements de charges sociales sur les salaires. Ces allégements, votés afin de stimuler l’économie et l’emploi, ont été calqués prioritairement sur le salaire minimum. Les entreprises, désireuses de bénéficier de ces « cadeaux », ont alors commencé à faire des embauches massives au Smic.

 

Cette politique a fait de la France un pays particulièrement attractif pour les investissements étrangers. Selon la Commission des nations unies pour le commerce et le développement (CNUCED), le stock d’investissements étrangers en France a été ainsi multiplié quasiment par 7, de 7,1 % du PIB en 1990 à 28,5 % en 2005. La France en proportion de son économie accueille 20 % de plus d’investissements étrangers que l’Allemagne, 2,7 fois plus que l’Italie, 1,6 fois plus que l’Espagne, 6,5 fois plus que la Pologne, et surtout 1,9 fois plus que la Chine. Cette politique montre aujourd’hui ses limites.

Il est urgent politiquement d’augmenter les salaires
Une partie de la main d’œuvre française se trouve aujourd’hui en concurrence directe avec les nouveaux pays de l’union européenne (Pologne, Roumanie, Hongrie…) Les finances de l’Etat étant ce qu’elles sont, il est difficile d’étendre les allégements de charges sociales à l’ensemble des salariés. Une césure est de plus en plus nette dans la population active entre les smicards et associés (ceux dont le salaire est supérieur à 2 % du Smic) et la population « épargnée » par le salaire minimum.

 

Ce constat est sans appel. Quand les statistiques actuelles vantent la décroissance du nombre de chômeurs, le gouvernement va devoir désormais s’attaquer aux problèmes des rémunérations des salariés. Pas sûr que ce combat soit plus aisé que la lutte contre le chômage. Une chose est certaine, il faudra plus qu’un slogan pour calmer les esprits.

 

Antoine Vlastuin © Keljob.com

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