Conseils et emploi

Un "mauvais patron" comme bouc émissaire ?

Empêtrée dans un déficit abyssal, la banque d’affaire Natixis n’en finit plus de défrayer la chronique. Après avoir versé 70 millions d'euros de bonus à 3 000 salariés triés sur le volet au titre de l'exercice 2008 pourtant catastrophique, on apprend que la banque d’affaires a confortablement rémunéré un ancien membre de son directoire. Le quotidien Libération révèle dans son édition du 10 avril dernier, que  Jean-Pascal Beaufret, directeur de Natixis de mi-février à fin novembre 2008, a perçu 1,3 million d'euros de salaire. Ce salaire représente 6 565 € par jour (environ).

Une énième illustration des abus dans le secteur financier ? Pas seulement. Car cette rémunération vaut surtout pour l’histoire de son heureux bénéficiaire. L’homme incarne à lui seul toutes les tares reprochées à nos technocrates : une accumulation de diplômes, des va-et-vient professionnels permanents, des passages et autant d’amitiés en politique, des échecs retentissants et aujourd’hui, des rémunérations disproportionnées.

Ancien énarque, ex HEC, Jean-Pascal Beaufret a d’abord travaillé pour l’Etat et accumulé les titres ronflants au ministère des Finances pendant plus d’une dizaine d’années : secrétaire adjoint au département international puis secrétaire adjoint des affaires monétaires. Il s’y fait ses premières amitiés politiques.

L’énarque expérimente ensuite un très bref passage au Crédit Foncier comme directeur financier. Il est remercié deux ans plus tard. En effet, le Conseil d’Etat annule sa nomination au motif de risque de collusion d’intérêts.

Peu importe. Il est rapidement nommé au poste prestigieux de directeur général des impôts, avec pour mission de lancer la réforme de cette administration. Le numéro 2 de Bercy abandonne deux ans plus tard « faute de pouvoir trouver des compromis » (Le Figaro.fr). Nous sommes en 1999.

Jean-Pascal Beaufret décide alors de se consacrer pleinement au secteur privé. Rapidement, l’homme est nommé directeur financier chez Alcatel-Lucent. Il restera 8 ans dans l’entreprise.  En 2007, il est de nouveau remercié alors que l’entreprise accuse une perte nette de 258 millions d'euros. Quelques mois plus tard, il entre au directoire de la banque Natixis. Vous connaissez la suite.

Antoine Vlastuin © Keljob.com – avril 2009

 

 

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