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C'était Noël

Dinde ou saumon ?  Pour eux, c'était plutôt sandwich ! Tandis que nous nous tracassions à propos du menu du réveillon, les pros de la distribution étaient sur le pont pour nous permettre de ne manquer de rien pendant les fêtes. Retours sur les journées très spéciales de ces travailleurs de Noël en compagnie d'une directrice de magasin, d'un manager de rayon et d'un vendeur spécialisé...



Responsable de magasin : offrez-vous Hong-Kong !

Que font-ils pendant les Fêtes ? Tout, sauf se reposer. Déjà constamment sur le pont le reste de l'année, les directeurs de magasin donneraient tout pour avoir le don d'ubiquité durant cette période. « Mon travail, c'est tout d'abord de manager l'équipe, indique Isabelle Keutcherian, responsable du magasin King Jouet de Givors, dans le Rhône. Pour cela, je dois être sur le terrain, ce qui me permet aussi d'entretenir une relation avec le client. Mais je dois également gérer les flux de marchandises, en travaillant avec les fournisseurs et le centre d'achat, contrôler l'évolution du chiffre d'affaires... » Des tâches qui remplissent bien les journées, surtout pendant les Fêtes : « Il peut arriver que je travaille 15 jours à la suite à ce moment de l'année. »

Comment se motivent-ils ? Le directeur de magasin ne peut se permettre que peu de jours de repos, souvent un seul dans la semaine. Il arrive avant l'ouverture du point de vente, et disparaît rarement avant la fermeture. La rémunération est donc en conséquence, puisqu'un responsable de magasin peut gagner plus de 100 000 euros brut par an. « Chez King Jouet, la fourchette est de 21 à 27 000 euros brut, hors primes, par an, précise Isabelle Keutcherian. Aussi, il est possible d'aller plus haut en devenant chef de secteur, c'est-à-dire d'être superviseur de plusieurs magasins. »

Quelles compensations ? Pendant les Fêtes, le directeur de magasin voit passer des tonnes de clients impatients de célébrer Noël. De quoi vous démoraliser un peu lorsque vous êtes dans la période la plus intense de l'année pour votre travail. Mais les enseignes de distribution savent tirer sur les bonnes ficelles pour garder leurs employés au top de leur forme. « Les primes d'objectifs sont doublées », souligne Isabelle Keutcherian. Mais ce n'est pas tout : « Nous avons des challenges à relever dans les magasins. Lorsque nous réussissons, nous avons droit à 4 jours de voyage. Je suis déjà allée à New-York et Montréal notamment, et cette année, direction Hong-Kong ! »

Comment devenir responsable de magasin ? Dans la plupart des cas, il faut bénéficier au minimum d'un bac +2 pour accéder à cette fonction, sachant qu'on ne devient jamais directeur d'une surface de vente directement à la sortie des études. Il existe néanmoins des exceptions, rendues possibles par la promotion interne : « J'ai un CAP employé de bureau – comptabilité, explique Isabelle Keutcherian. J'ai d'abord été commerçante indépendante, puis j'ai travaillé dans divers magasins, dans lesquels j'ai gravi les échelons pour en arriver là. »

Manager de rayon : dans les starting-blocks

Que font-ils pendant les Fêtes ? Des goûters avec les enfants, un Père Noël, une fête traditionnelle suédoise reproduite en magasin... Chez Ikéa, difficile de se concentrer à ce moment de l'année, pourtant le manager de rayon ne peut se permettre de rêvasser en écoutant des chants de Noël : « Nous avons la volonté d’installer une véritable ambiance festive dans le magasin », insiste Patrice Pinat, ancien manager de rayon et aujourd'hui responsable de département. Il a 5 chefs de rayon sous sa responsabilité : « Chaque jour on fait le point sur les objectifs de la veille et sur ceux de la journée à venir. De plus, dans ce métier, on passe 60 % de son temps sur le point de vente, pour être proche de nos vendeurs et des clients. » Et pendant les Fêtes, tout s'accélère : « Certains produits partent très vite, alors il faut toujours avoir de nouvelles idées originales pour réorganiser son rayon. Il faut être très réactif, tout en gardant en mémoire des principes simples comme la propreté du rayon et l'accessibilité aux produits. L'important, c'est de bien dynamiser ses collaborateurs, pour ne pas être dépassé par les événements. » Enfin, un manager de rayon chez Ikéa travaille en période normale 35 heures par semaine. Il peut aller jusqu'à 42 heures durant les 3 semaines avant Noël.

Comment se motivent-ils ? Le poste de chef de rayon est souvent l'une des dernières étapes avant celui de directeur de magasin. Dans la distribution, la promotion interne est assez développée, donc chacun a envie de faire ses preuves pour montrer qu'il a la carrure pour monter en grade. « Je n'avais pas fait d'études dans le commerce, et j'ai débuté comme simple vendeur, raconte Patrice Pinat. La promotion interne est très importante dans notre société. » Chez Ikéa, un manager de rayon touche entre 24 et 41 000 euros brut hors primes par an, et un responsable de département entre 40 et 50 000.

Quelles compensations ? « Nous n'avons pas de compensations spécifiques à la période des Fêtes, explique Patrice Pinat. La stratégie du groupe est plus globale. Nous avons un salaire fixe sur 13 mois, et aussi l'intéressement et la participation. Évidemment, nous bénéficions aussi de primes si nous réalisons nos objectifs de chiffres d'affaires sur l'année. »

Comment devenir manager de rayon ? Avec la place importante de la promotion interne dans la distribution, le meilleur moyen de devenir manager de rayon est de faire ses preuves en temps que vendeur. C'est comme cela que ça se passe dans la plupart des cas, et Patrice Pinat ne fait pas exception : « J'ai fait une maîtrise en communication et, pour financer mes études, j'ai fait plusieurs petits boulots de vendeur. Je suis arrivé chez Ikéa avec un contrat de 8 heures, puis j'ai été embauché comme vendeur. Au bout d'un an et demi, je suis devenu manager de rayon. »

Vendeur spécialisé : en première ligne

Que font-ils pendant les Fêtes ? « On se gare plus loin pour libérer les places de parking pour les clients. » L'exemple est cité à la rigolade, mais Karl Thull, vendeur spécialisé en mobilier de rangement chez Ikéa, résume bien la principale préoccupation du vendeur : être à l'entière disposition du client. Et pendant les Fêtes, c'est loin d'être facile. « C'est fatigant car il y a beaucoup plus de monde, se souvient Abdoulaye Timera, vendeur dans une boutique France Telecom. Et c'est difficile car on ne peut pas se permettre de passer une heure avec le même client. Il faut savoir répondre à ses besoins au plus vite, pour essayer de satisfaire tout le monde. » Là aussi, le temps de travail est plus important. Chez France Telecom, Abdoulaye Timera est passé de 33 à 40 heures hebdomadaires durant les Fêtes, tandis que Karl Thull passait de 35 à 43 heures par semaine dans la grande enseigne suédoise.

Comment se motivent-ils ? Les primes d'objectifs sont évidemment la principale source de motivation des vendeurs. Mais réaliser ses objectifs ne permet pas seulement de gagner plus d'argent. En effet, il est certain qu'un vendeur qui explosera son chiffre d'affaires ne restera pas longtemps à ce poste : « Si on est motivé, on peut gravir les échelons assez rapidement », témoigne Abdoulaye Timera. Chez France Telecom, il touche environ 19 000 euros brut par an, sans compter les primes. La fourchette est de 18 à 30 000 euros brut chez Ikéa.

Quelles compensations ? Plus d'heures, plus de clients, plus de stress... Le vendeur est en première ligne lorsque vient le moment de lever la grille durant les Fêtes. « Nous avons tout un tas de petits cadeaux, des chèques-cadeaux aussi, indique Adboulaye Timera. Et nos primes d'objectifs sont doublées sur cette période. Enfin, la direction lance des challenges qui permettent aux meilleurs vendeurs de partir en voyage, comme par exemple en Argentine. C'est sûr que les vendeurs des plus grosses boutiques ont plus de chance de rafler la mise, mais c'est quand même motivant de se surpasser pour essayer d'être le meilleur. »

Comment devenir vendeur spécialisé ? Tous les chemins mènent à la vente. Les vendeurs qui n'ont pas fait de commerce dans leurs études sont nombreux, comme Karl Thull : « J'étais pompier avant d'arriver chez Ikéa. Mais j'ai voulu une vie plus stable, et j'ai commencé à travailler pour eux en intérim. Au bout de 2 mois, j'étais embauché. » Néanmoins, il existe de nombreuses formations, du BEP au bac +2, pour accéder au métier : « J'ai fait un BEP vente, puis un bac pro commerce, raconte Abdoulaye Timera. Puis j'ai travaillé dans plusieurs magasins avant d'arriver chez France Telecom. »

Sébastien Hervier © Keljob - Janvier 2009

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