Emploi des femmes

La route est encore longue

Les femmes représentent 40 % de l’emploi dans les pays de l’OCDE. Et pourtant, elles gagnent encore 15 % de moins que leurs collègues masculins et 33 % travaillent à temps partiel contre 7,7 % pour les hommes. La route vers la parité reste donc semée d’embûches, mieux vaut les repérer pour continuer à avancer.

Plus on monte dans la hiérarchie, plus le déséquilibre entre hommes et femmes se fait sentir : moins d'un tiers des cadres sont des femmes et seul 10% des membres des conseils d'administration étaient de la gent féminine dans les 50 plus grandes entreprises européennes cotées en 2005.
Autre constat : la ségrégation des sexes par métier est quasi immuable. Dans les pays de l’OCDE, il y a cinq fois plus de professions à prédominance masculine que de professions à prédominance féminine. L’emploi des femmes reste donc cantonné à quelques fonctions très féminisées…

Le dilemme de la maternité
La maternité est clairement la principale barrière vers l’équité. Pour preuve, le taux d'emploi des femmes entre 20 et 49 ans chute de 15 points lorsqu'elles ont un enfant, alors que celui des hommes progresse de 6 points… « Les employeurs redoutent les congés maternité et les absences pour raisons familiales, constate Michel Lazzari, directeur du cabinet en gestion de carrière Abdias Conseil. Ce frein est d’autant plus fort pour les fonctions de manager car un poste d’encadrement est plus difficilement remplaçable ».
Ce n’est cependant pas l’avis de Christine Cluzel, manager marketing d’IBM France, pour qui le congé maternité est globalement admis en entreprise. En outre, avec environ 6 mois pour se préparer et s’organiser, cette absence est loin d’être un obstacle infranchissable. Bruno Hubert, fondateur du cabinet conseil en développement RH Consilio Manuque, affiche aussi son optimiste : « L’âge du premier enfant a reculé de 21 à 27 ans, les femmes peuvent donc avoir une première partie de carrière avant leur maternité. Elles prouvent ainsi leur valeur sur le marché du travail et sont moins pénalisées par la suite ».

Des mamans moins payées
S’il est mieux accepté, le congé maternité continue à peser sur le salaire des femmes. Les conventions collectives utilisent encore souvent des critères d’ancienneté ou de présence dans les grilles salariales. Résultat, les femmes prenant des congés maternité peuvent en pâtir. Certains managers prennent aussi pour excuse qu’une femme est moins disponible pour ne pas augmenter son salaire ou ne pas lui donner un bonus, alors qu’ils n’hésitent pas à lui confier des responsabilités...
Un obstacle que certaines entreprises, comme Air Liquide, tentent de corriger. « Nous garantissons aux femmes qu’elles percevront l’intégralité de leur bonus même si elles partent en congé maternité, indique Jean-Philippe Soulard, directeur des ressources humaines France du groupe. Nous plaçons ainsi le congé maternité dans un registre différent des autres absences, cette mesure ne s’applique pas au congé sabbatique par exemple ».

Des préjugés bien ancrés
Au-delà de la maternité, c’est la prise en compte des différences qui fera évoluer les mentalités. « Selon moi, les principaux freins sont les réflexes inconscients, par exemple imaginer qu’une jeune femme va forcément tomber enceinte ou qu’une femme plus âgée ne voudra pas se réengager dans l’entreprise », souligne Christine Cluzel. Les jeunes générations ne sont pas épargnées par les préjugés, mais sous d’autres formes. « Les jeunes filles pensent qu’il n’y a pas de distinction entre elles et leurs confrères masculins. Or mieux vaut regarder les différences en face pour pouvoir les gérer », insiste la manager marketing d’IBM France.

L’autocensure est enfin loin d’être négligeable. Les femmes ont toujours plus de difficulté à se rendre visibles en entreprise. Très à l’aise dans le savoir faire, elles doivent clairement développer le « faire savoir ». « Les femmes pensent souvent qu’elles vont être naturellement récompensées quand elles ont bien travaillé, constate Christine Cluzel. Or, en entreprise, si on ne dit pas, on ne remarque pas ». Même constat du côté du porte-monnaie : les femmes réclament systématiquement moins que les hommes. La plupart s’estiment contentes de leur salaire, ce qui est loin d’être le cas des hommes. Moins payées, moins promues, moins visibles : mesdames, il reste du chemin à faire !

Laure Marcus © Keljob.com

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