Emploi et handicap - où en sommes-nous ?

Handicap : comment transformer sa différence en atout en entreprise

Le saviez-vous ? 80 % des handicapés ne nécessitent pas d’aménagement particulier de leur poste de travail selon l’Adapt, l’association pour l’insertion sociale et professionnelle des personnes handicapées. Dès lors, faut-il parler de sa différence lors d’une recherche d’emploi ?

 

« S’il a peur d’être discriminé, rien, dans la loi n’oblige un candidat à mentionner son handicap sur son CV, observe Frédéric Benoist, avocat spécialisé en droit du travail. Sachant que tous les handicaps ne sautent pas aux yeux, même en entretien, personne n’est tenu d’en parler tant que l’on ne pose pas la question. Malgré tout, dans certains cas, cela peut être utile… »

 

Profiter de la discrimination… positive

En profiter ou pas ? Après tout, il existe une forme de discrimination positive dans la législation : même si elle n’est pas toujours respectée, la loi du 10 juillet 1987 impose à l’ensemble des employeurs d’entreprises d’au moins 20 salariés une obligation d’emploi des travailleurs handicapés égale à 6 % de l’effectif total.

 

Sont aujourd’hui pris en compte des troubles moteurs, mais aussi psychiques et sensoriels et, globalement, tout trouble de santé invalidant reconnu. « Je trouve toujours triste qu’on parle de quotas », déplore Sophie Vouzelaud, ex-dauphine du concours Miss France qui refuse d’être réduite à sa surdité. « Mais en attendant que cette intégration se fasse naturellement, ils restent nécessaires », poursuit la jeune femme nommée ambassadrice de la mission handicap et emploi au Crédit agricole national.

 

« 57 % des entreprises affichent aujourd’hui un quota de travailleurs handicapés supérieur ou égal à 6 %, se félicite Pierre Blanc, directeur général de l’Agefiph, qui œuvre pour l’insertion des travailleurs handicapés grâce à des conventions signées avec Pôle emploi et le monde de l’entreprise.

 

Parmi les autres acteurs importants, le réseau Cap Emploi regroupe plus d’une centaine d’organismes d’insertion et de placement. L’Afij, l’Association pour faciliter l’insertion professionnelle des jeunes diplômés, propose un accompagnement collectif ou individuel adapté à chacun. L’Adapt, à l’origine de la Semaine pour l’Emploi des personnes handicapées en novembre, organisera cette année encore des forums et des rencontres partout en France. L’association Hanploi, enfin, œuvre depuis 2005 comme un véritable cabinet de recrutement. « Nous avons à ce jour 6350 CV en ligne avec des profils jusqu’à bac + 5, explique Clémentine Vanel, chargée de communication. Nous travaillons régulièrement avec 250 entreprises qui veillent à respecter la loi des quotas. Nous répondons aussi à leurs questions sur le monde du handicap. »

 

Comment combattre les préjugés

Car certains préjugés on la vie dure. Malgré des progrès notables, 18 % des entreprises ne pratiquent encore aucun quota ni politique d’intégration en faveur des handicapés. « Beaucoup s’inquiètent encore sur les aménagements nécessaires, leur productivité, absentéisme ou leur intégration en entreprise, poursuit Clémentine Vanel. Mais on les rassure et ils oublient vite ces idées reçues au contact des salariés. Au contraire, c’est une richesse. »

 

Kristel Cahanin-Caillaud, auteure d’un livre sur le handicap et salariée d’un groupe de prévoyance confirme. « Sans mon handicap, je n’aurais pris le temps de m’ouvrir aux autres, explique cette chargée de communication qui a dû réapprendre à marcher après un coma. Il a aussi changé ma vie en mieux. » Sophie Vouzelaud, elle, suggère même de transformer son handicap en atout en entretien. « Je ne serais pas ce que je suis sans ma différence, sourit-elle. Elle m’a rendue volontaire, obstinée. C’est une force qui n’est pas donnée à tout le monde. » Qui dit mieux ?

 

Se faire reconnaître comme travailleur handicapé

Reste à franchir le pas. Évoquer sa différence et l’assumer. La reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) doit être demandée auprès de la commission des droits et de l'autonomie à la maison départementale des personnes handicapées.

 

« Pour certains, le pas est difficile à franchir, reconnaît Cyrielle Claverie, chargée de communication à l’Adapt. Beaucoup de handicaps apparaissent en cours de vie. Il faut faire le deuil de quelque chose. » En même temps, si le postulant reconnu travailleur handicapé peut envoyer sa candidature à la Mission handicap d’une entreprise qui l’intéresse, rien ne l’empêche d’effectuer la même démarche par la voie « classique ».  Comme le suggère Cyrielle Claverie, « par les temps qui courent, pourquoi ne pas multiplier ses chances ? »

 

Céline Chaudeau © Keljob – Novembre 2011


 

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