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Surenchère niveau de qualification

La fuite en avant des qualifications : attention danger !

La fâcheuse habitude d’empiler les diplômes a provoqué une surenchère de la part des entreprises qui remet en cause l’avènement d’une société méritocratique. Désormais pour faire le même travail que papa, il faut un niveau d’étude plus important. L’ascenseur social fonctionne de plus en plus mal.

«  Passe ton bac, heu non…ton BTS d’abord ! »

Mais pour faire quoi ? Constat tragique : plus le temps file, plus les entreprises recrutent à des niveaux de diplômes élevés ce qui a pour conséquence de grossir le bataillon des « déclassés » et rend l’insertion des non diplômés délicate. Dans une étude comparative consacrée aux secteurs de l’industrie, de la construction et des services publiée en mai 2008, le centre d’étude et de recherche sur les qualifications (Cereq) rapporte que « parmi les personnes occupant un emploi non qualifié, la proportion de non-diplômés diminue fortement au profit des niveaux CAP/BEP et baccalauréat chez les ouvriers et des niveaux bac et bac + 2 chez les employés ». Pour les ouvriers qualifiés, même topo, indique les chercheurs du Cereq : «  la part des sans diplôme régresse alors que le niveau CAP/BEP reste stable et que le niveau bac progresse ». « Pour les employés qualifiés comme pour les professions intermédiaires, ajoutent-ils, les sans diplôme et le niveau CAP/BEP reculent au profit des niveaux bac jusqu’à bac + 3 et plus. »

« Une réalité peu surprenante »

Quand on compare, à catégorie d’emploi semblable, deux générations de seniors et de jeunes, la transformation des « normes de qualification » est flagrante. Dans l’industrie, les 50 ans ou plus sont 42 % à n’avoir aucun diplôme alors que parmi les moins de 30 ans ils ne sont que 17 % dans ce cas. Dans les services, ils sont 40 % contre 17 %. Dans la construction, 48 % contre 33 %. Même si le secteur du bâtiment résiste mieux à ce glissement – notamment à cause du déficit d’image de ses métiers -, « d’une génération à l’autre, les mêmes emplois ne sont pas pourvus aux mêmes niveaux de diplômes. Les dirigeants de l’UIMM nous disent clairement que le premier niveau de qualification c’est le bac désormais » déclare Christophe Guitton, co-auteur de l’étude. « Une réalité peu surprenante à une époque où 85 % d’une classe d’âge décroche le bac et où les redoublements n’existent quasiment plus » observe Fabrice Lacombe, président de Michael Page France et co-auteur du livre « Les emplois de demain » aux éditions du Cherche midi. « On a longtemps fait croire que plus d’études garantirait un emploi à responsabilités aux diplômés. Or, ce n’est pas vrai, l’économie étant incapable de produire un nombre suffisant de postes correspondant à des niveaux d’études élevés. »

Ascenseur social en panne

Des observations confirmées par Camille Peugny, sociologue au Centre de recherche en économie et statistique (CREST) et auteur d’une étude récente sur les ratés de l’ascenseur social. « En 2003, écrit-il, 35 % des 35-39 ans connaiss[aient] une mobilité ascendante [par rapport à leurs parents] et 25 % une mobilité descendante. Ces proportions étaient respectivement de 40 % et 18 % vingt ans auparavant ». Au cours du temps, le lien entre niveau de diplôme et position sociale se desserre et un nombre croissant de personnes occupent des emplois pour lesquels ils sont trop qualifiés. Pour le sociologue, cet affaiblissement du lien entre diplôme et position sociale « remet en cause l’idée de l’avènement progressif d’une société plus méritocratique ».

Sébastien Tranchant © Keljob.com

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