Attention aux faux entretiens d'embauche

Avez-vous déjà eu l’impression de participer à un entretien d’embauche… bidon ? Avec le pressentiment qu’il n’y a peut-être pas vraiment de recrutement à la clé ? C’est possible. Voici les indices qui devraient vous alerter.

C’est une rencontre qu’elle n’est pas près d’oublier. Marie Garnier se souvient encore du jour où elle a été démarchée par la concurrence. Flatteur ? Pas vraiment. « Il faut dire que le gars s’y est mal pris, ironise cette commerciale dans l’ameublement, auteure du livre Je suis vendeur mais je me soigne. Ses questions pressantes portaient sur mes résultats, mes fournisseurs ou encore les effectifs de la société. Au bout de trois minutes, j’ai vite compris qu’il s’intéressait davantage à ma boîte qu’à moi-même. Mon parcours ou ma formation ne l’intéressait pas beaucoup. J’ai été très prudente dans mes réponses. Et quand je lui ai demandé si le poste existait vraiment, il a bafouillé que c’était plutôt une création de poste mais que, finalement, rien n’était très sûr... »
"Si certaines questions paraissent trop poussées et que l’on néglige de vous interroger sur votre parcours par exemple, il y a peut-être anguille sous roche."

Quand l’entretien vire à l’interrogatoire


Profiter d’un entretien d’embauche pour espionner la concurrence ? La loi, normalement, protège les candidats. L’article L. 1221-6 du code du travail stipule bien que les informations demandées à un candidat « ne peuvent avoir comme finalité que d’apprécier sa capacité à occuper l’emploi proposé ou ses aptitudes professionnelles. » « Notre charte interne rappelle justement qu’on ne peut pas interroger un candidat sur des données confidentielles liées à son travail », se défend Céline Laurenceau, senior manager et responsable du département de gestion des talents chez Accenture. Malgré tout, ailleurs, les dérives existent. « Peu d’employeurs se vantent de ce genre de pratiques, commente Arnaud Franquinet, directeur du développement du capital humain chez Grant Thornton. Sans que cela soit une généralité, j’ai déjà entendu parler de faux entretiens. C’est un moyen pour essayer d’interroger un ingénieur sur des brevets en cours par exemple, mais au final, aucun secteur n’est épargné. Beaucoup de données sont stratégiques comme le montant d’un chiffre d’affaires ou l’organigramme d’un service. Le candidat, de lui-même, donne d’ailleurs souvent certaines informations sans s’en rendre compte ou pour se valoriser. J’ai été chasseur de têtes pendant cinq ans et j’ai été stupéfait du nombre d’informations que j’ai pu collecter sans même les demander. »
 

Demander au recruteur : « Pourquoi moi ? »


Notre expert invite dès lors les candidats à la plus grande vigilance. Premier conseil : ne rien dire par téléphone dès le premier entretien. « Il faut déjà demander un rendez-vous en face à face. Si votre interlocuteur n’est pas pressé de fixer une date, soyez prudent. » Ensuite, pendant l’entretien, laissez-vous guider par votre intuition. « Si certaines questions paraissent trop poussées et que l’on néglige de vous interroger sur votre parcours par exemple, il y a peut-être anguille sous roche. » Dans ce cas, Arnaud Franquinet suggère de rester prudent dans ses réponses et de réorienter son interlocuteur vers la nature du poste. « Testez la vraisemblance de ses propos dès les premières minutes. Pour vérifier la réalité de l’offre, soyez concret et interrogez votre interlocuteur sur le lieu, le budget, les futures responsabilités précises du poste en question. S’il est trop vague, c’est un indice. » Pour cet expert en ressources humaines, il s’agit de découvrir l’objectif réel de l’entretien : vous recruter ou juste de vous soutirer des informations ? Pour en avoir le cœur net, il suggère une interrogation imparable. « Le candidat doit se demander si c’est logique ou normal d’avoir été sollicité pour le poste. Il faut faire très attention, notamment, à la façon dont on a été contacté. Demandez qui vous a recommandé par exemple et comment on est arrivé jusqu’à vous… »
 
 

Et si le poste n’existait… plus ?


Mais pas la peine de devenir parano pour autant. « Tout le monde n’est pas dans la manipulation heureusement, sourit Marie Garnier. Quand ils vous reçoivent, certains recruteurs n’osent parfois pas dire, tout simplement, que le poste n’est plus d’actualité. » « Il arrive à certains recruteurs proactifs de recevoir des candidats alors qu’un poste est déjà pourvu, observe Nadia Boutaleb, associée au cabinet AlterView. Moi, je dis toujours la vérité aux candidats et je leur explique que je souhaite quand même les voir pour d’éventuelles offres à venir. Mais d’autres recruteurs sont moins transparents. » Un poste qui n’existe pas du tout… ou pas encore ? La nuance n’est pas mince.
Avant l’entretien, Arnaud Franquinet suggère une petite enquête. « Aujourd’hui, c’est plus facile de se rendre compte de la réalité d’une offre. Grâce à son réseau, on est souvent à cinq ou six connexions, pas plus, de la « cible ». Dès lors, il n’est pas forcément difficile de savoir si un poste existe, s’il est vacant ou s’il peut le devenir… »

La rédaction