Ce qu'il faut dire (ou pas) quand on croise son patron...

Une rencontre inattendue avec son patron dans l’ascenseur, au restaurant, à la sortie de l’école ou à la plage, met mal à l’aise nombre d’employés. Mais attention à la gaffe ! Nos experts décryptent quatre situations – potentiellement - embarrassantes.

Enfermé avec mon boss dans l’ascenseur


C’est l’histoire d’une assistante, écartée de son poste dans une grande entreprise, après un excès de familiarité envers son boss entre deux étages. Elle a été rapportée à Armand Mennechet, il y a quelques années. Dangereux, l’ascenseur ? « Il ne faut pas exagérer… », tempère ce spécialiste en ressources humaines, auteur du livre Savoir se vendre pour réussir sa carrière. Malgré tout, il invite les grands bavards à une certaine prudence. « Si un ascenseur reste un lieu de passage, c’est aussi un endroit informel, en apparence, régi par certaines règles. » La promiscuité du lieu ne saurait donc faire oublier le rapport hiérarchique entre les êtres.
« Le problème, c’est que l’humain a peur du vide, observe Stéphanie Roels, directrice du cabinet Elysée coaching. Et il doit faire très attention à comment le remplir ! » Car ce bref huis clos entre deux étages appelle une certaine maîtrise. « Il ne faut pas oublier que l’ascenseur reste un moyen de déplacement. Un endroit où le manager n’attend rien de vous, si ce n’est de croiser un collaborateur poli et souriant. » Autrement dit, dans le doute, mieux vaut ne pas bouder son supérieur et se contenter d’une formule de politesse et d’un salut de la tête.
"Dans une sphère clairement plus intime, si vos regards ne se sont pas croisés, vous pouvez encore tourner les talons."

 


À la machine à café, à la cantine ou au restaurant


Mais rien ne vous interdit d’amorcer un contact à condition que le lieu s’y prête, et de savoir comment s’y prendre. Autre situation possible : vous croisez votre patron – aux heures de bureau – à la machine à café, à la cantine ou au restaurant et, justement, vous auriez un message à lui faire passer. Selon Armand Mennechet, rien ne vous interdit de l’aborder... à condition de lui “laisser la main”. « Il est important de saluer son supérieur, en prononçant son nom par exemple, pour bien marquer qu’on l’a reconnu, explique-t-il. S’il ne vous replace pas, dans le doute, déclinez votre identité et n’omettez pas de préciser le service dans lequel vous travaillez. Après,  je dirais qu’il faut donner à l’autre les dix secondes suivantes et voir venir… ». « Si vous avez une idée à faire passer en rapport avec votre travail, cela peut-être une occasion à saisir, nuance Stéphanie Roels.  Mais une accroche, ça se prépare.  En trois phrases, pas plus. Se présenter, identifier une problématique précise et proposer de s’en entretenir ultérieurement. » Peut-être vous proposera-t-il un café. Peut-être pas. Mais le message sera reçu.
 

À la sortie de l’école


« Le plus compliqué à gérer, ce sont les rencontres fortuites hors bureau, dans une sphère plus privée », analyse Olivier de Clermont-Tonnerre, directeur associé au cabinet Atomos Conseil et auteur du livre Toutes les clés du savoir-vivre en entreprise. Exemple : vous croisez votre patron à la sortie de l’école. « Là aussi, certaines règles de politesse prévalent. » Le consultant suggère de saluer son supérieur brièvement avec une phrase neutre. « Ce n’est pas parce qu’on n’est plus au bureau qu’on peut se permettre un excès soudain de familiarité. » Exemple : ne lui demandez pas abruptement combien il a d’enfants, dans quelle classe, etc. « Préparez une accroche du genre : “ Alexandre, mon fils de 8 ans, est dans la classe de Monsieur Untel” et, surtout, laissez-le relancer la conversation s’il le souhaite. » Mais il se peut aussi que votre patron se révèle soudain particulièrement avenant. Attention au retour de bâton ! « Il peut aussi arriver que votre patron vous interroge, lui, avec moins de précautions, sur votre vie privée, commente Steve Martel, spécialiste en team-building  et consultant fondateur de La Mayonnaise. Dans ce cas, mieux vaut réfléchir avant à ce que l’on a envie de lui donner ou pas ! »  
 

Au secours, mon boss est à la plage !


Restent les cas les plus embarrassants : croiser son patron dans un vestiaire de salle de sport, ou pire, en maillot sur une plage, voire en galante compagnie. « Là, on glisse dans une sphère clairement plus intime, concède Olivier de Clermont-Tonnerre. Si vos regards ne se sont pas croisés, vous pouvez encore tourner les talons. » Mais dans le cas inverse, difficile de l’ignorer. Notre expert recommande alors la politesse la plus élémentaire assortie, si possible, à un léger trait d’humour. « Pour éviter le malaise, saluez-le ainsi que la femme à ses côtés sans poser de question indiscrète. Si c’est son épouse, ce qui est probable, ne passez pas pour un goujat. Ensuite, désamorcez le malaise avec une répartie du genre « Même en vacances, vous restez près de vos employés ! ». » Ou, variante plus neutre : « Moi aussi je fais le plein de soleil avant de repartir au bureau ! ». Équilibre subtil à trouver. «  Ne pas paraître timide sans être envahissant, résume notre consultant. Et, surtout, nourrir un échange bref… mais juste. »

La rédaction