Ces boîtes qui aident leurs salariés à développer des idées

Connaissez-vous la “motivation 3.0 ” ? Selon ce concept, les salariés ne travaillent plus - seulement - pour de l’argent, ils ont besoin d’autre chose. Et certaines entreprises les encouragent à développer leur propre projet… même perso !

L’anecdote est trop belle pour ne pas être répétée. Savez-vous qui a inventé la messagerie Gmail ? Un salarié de Google, certes, mais sur son temps libre ! Et cela grâce à une trouvaille managériale plutôt ingénieuse : les « 20 % de temps libre » proposés à tous les employés de la firme de Mountain View. « L’idée est de permettre aux ingénieurs, à condition que leur travail soit accompli, de consacrer du temps à un projet personnel, résume Dorothée Burkel, directrice des ressources humaines de Google Europe. » Il peut aussi s’agir d’un projet humanitaire, social, ou purement personnel.
Même si la très grande majorité des idées ne génèrera pas le moindre euro à l’entreprise, peu importe : les retombées sont ailleurs. « D’une façon ou d’une autre, ces initiatives rapportent quand même à l’employeur car elles permettent aux salariés de développer d’autres réseaux et de s’épanouir autrement, poursuit la DRH. Dès lors, ils sont plus heureux et motivés pour le reste. »

Ne pas cantonner le salarié à son poste de travail


Cette étonnante stratégie commence à traverser l’Atlantique. « Le problème est que la plupart des entreprises n’ont pas encore cette nouvelle compréhension de ce qui nous motive », résume Daniel Pink, auteur du best-seller américain La vérité sur ce qui nous motive, récemment traduit en France aux éditions Leduc.
« On distingue trois étapes, résume Frédéric Rey-Millet, président d’EthiKonsulting, qui a préfacé l’ouvrage. La motivation 1.0 remonte à l’époque préhistorique et au besoin de se nourrir. Avec, la motivation 2.0, on découvre que l’homme est plus que la somme de ses besoins. Le concept de motivation 3.0 va plus loin encore : on sait aujourd’hui qu’un sujet est motivé de façon intrinsèque, mais que sa motivation dépend de l’autonomie qu’on lui laisse et du sens qu’il donne à sa tâche. » Une révolution managériale serait-elle en marche ? Les salariés peuvent l’espérer.
À titre d’exemple, on peut citer Happychic, jeune entité de 4 000 salariés spécialisée dans le prêt-à-porter à Roubaix, qui a récemment créé un poste de responsable en Innovation Managériale. Une fonction occupée par Frédéric Sellier. « On a décidé de travailler sur l’excellence relationnelle et la posture managériale, explique l’intéressé. Je crois à un pouvoir pyramidal et transversal, une sorte de “ hiérarchie plate ” où l’on encourage une forme de “ coo-pétition ”. ». L’entreprise est très fière, notamment, de sa “nursery des possibles ”. À chaque séance, selon un rituel bien rodé, trois porteurs de projets exposent leurs idées. D’autres collaborateurs proposent de les aider, même si les sujets traités n’ont aucun lien avec leur quotidien professionnel.

L’intrapreneuriat… ou comment créer une boîte dans la boîte


Mais on peut aussi aller plus loin. On a vu aussi certains salariés créer leur propre boîte avec la bénédiction de leur employeur ! Parmi les cas d’école : le pari réussi d’André Tordjman chez Auchan. Ancien professeur à HEC, il rejoint le groupe Mulliez au milieu des années 90 comme directeur marketing.Très vite, il propose l’idée d’une filière non alimentaire. Pari tenu avec l’appui de son actionnaire de référence : en 2006, il lance Little Extra, une enseigne spécialisée dans les objets de décoration à petit prix. La filiale compte aujourd’hui dix magasins en emploie 70 personnes.
Dans un autre registre, Emmanuel de Lutzel est aujourd’hui responsable du département Microfinance de BNP Paribas… qu’il a lui-même entrepris de créer, en convaincant les dirigeants et actionnaires du groupe.
« L’intrapreneuriat, que l’on peut définir comme l’adoption d’attitudes et de pratiques entrepreneuriales au sein d’organisations constituées, suscite actuellement beaucoup d’intérêt dans les entreprises, observe Véronique Bouchard, professeure de stratégie et auteure du livre Intrapreneuriat - Innovation et croissance. L’intrepreneuriat, phénomène spontané à l’origine, peut, dès lors qu’il est suffisamment répandu dans l’organisation, contribuer à améliorer significativement sa performance. »
Il permet aussi aux salariés de donner un autre sens à son investissement dans l’entreprise. Car l’argent, seul, ne fait pas le bonheur. « À partir d’un certain seuil, tout ce qui est monétaire n’a plus d’effet, résume Dorothée Burkel. La motivation, c’est avoir envie de faire mieux avec un supplément d’âme. Et cette responsabilité bascule alors sur le manager… »

La rédaction