Comment pratiquer l'impertinence constructive au bureau (et éviter de se faire virer...)

A priori, impertinence et vie de bureau ne font pas toujours bon ménage. Et pourtant, selon certains, c’est un outil parfois utile pour se faire entendre. Mais à manier avec précaution alors !

Ils sont rares, mais il est de ceux-là. Éric Dumartin vous en voudra rarement de votre impertinence, y compris pendant un entretien d’embauche. « Pour nous, l’humour est une des composantes essentielles de la vie en entreprise, témoigne le directeur des ressources humaines Linkbynet, entreprise spécialisée dans les solutions d’hébergement et le cloud. Parce que cela permet de dire certaines choses et d’améliorer la productivité. » Mais ce cas est loin d’être une généralité. « Selon une étude que nous avons menée, 96 % des salariés estiment que l'humour est important, analyse Elodie Arnéguy, consultante en gestion du changement et co-auteure d’un Petit traité de l'humour au travail. Et en même temps, 63 % pensent qu'il n’est pas suffisamment utilisé dans l'entreprise. Parmi ses vertus, on y voit notamment la possibilité de prendre du recul par rapport à certaines situations complexes. »

"Pour ne pas aller trop loin, mieux vaut déjà éviter d’user d’impertinence sous le coup de l’impulsivité. Car l’impertinence constructive, par définition, se réfléchit."

Être impertinent avec humour (mais pas seulement)


Et si l’impertinence était utile au salarié ? Agnès Muir-Poulle y croit au point d’avoir rédigé un Petit traité d’impertinence constructive. « L’impertinence constructive, c’est l’idée, pour un salarié, de se dire qu’il a le droit et surtout intérêt, pour lui et souvent pour son organisation, d’oser donner un avis et de sortir du cadre établi. » Mais la fondatrice du cabinet Maraé élargit d’emblée son propos. « Trop souvent, on réduit l’impertinence à l’humour alors que c’est beaucoup plus vaste que cela. L’humour peut être un moyen d’expression mais c’est un talent qui n’est pas donné à tout le monde. On risque souvent de tomber dans l’ironie qui est une forme d'attaque et qui, elle, n’est jamais constructive. »

 

L’impertinence constructive pour débloquer une situation


Car de quoi parle-t-on exactement ? De l’« attitude de quelqu'un qui cherche à choquer par la liberté, le caractère déplacé, l'insolence de ses manières, de ses paroles » selon le dictionnaire Larousse. Et il peut aussi bien s’agir de mots que d’actes. « L’impertinence est une attitude utile quand un salarié se retrouve face à quelque chose de fermé qui peut lui nuire à lui ou à l’entreprise », confirme Silvana Frazzetta, consultante chez Atmosphère Coaching. Cette ancienne salariée d’un grand groupe alimentaire parle d’expérience. « Je me souviens avoir pris des risques et utilisé, pour une mission, des logiciels que l’on m’avait rigoureusement interdits. J’ai désobéi et entraîné des gens avec moi. Mais j’ai obtenu d’excellents résultats et ma hiérarchie m’a finalement félicitée. L’impertinence est constructive dans la mesure où elle permet de faire avancer un projet et de débloquer une situation. Mais il faut aussi espérer que l’avenir vous donne raison ! » Difficile, en effet, de sanctionner un salarié qui a finalement agi dans l’intérêt commun…

 

Les précautions à prendre avant d’intervenir


Malgré tout, l’impertinence reste une attitude à manier avec précaution. Agnès Muir-Poulle cite volontiers une phrase de Jean Cocteau : « Le tact dans l'audace c'est de savoir jusqu'où on peut aller trop loin ». Autrement dit, il y a la fin à prendre en compte mais aussi les moyens. « Pour ne pas aller trop loin, mieux vaut déjà éviter d’user d’impertinence sous le coup de l’impulsivité », poursuit-elle. Car l’impertinence constructive, par définition, se réfléchit. « Il y aura toujours un collègue moins téméraire pour vous dire : "Vas-y, toi !". Or il ne faut pas se lancer à la légère et surtout choisir ses mots. On peut ainsi essayer de recadrer un manager en réunion avec tact si on a l’impression de perdre du temps. Ou alors, lui dire de façon factuelle mais en tête-à-tête que l’on a été gêné par sa façon de parler à quelqu’un. Être un impertinent constructif, c’est effectivement apprendre à dire non et prendre sa part de responsabilité dans le fonctionnement de l’entreprise. »

« Le rapport à la hiérarchie n’est pas le même pour tout le monde, confirme Silvana Frazzetta. Je travaille avec différentes personnalités et j’ai constaté que l’impertinence était plus présente chez certains profils "rebelles" comme on les appelle en Process Com. Ceux-là sont naturellement plus anticonformistes et impulsifs et doivent parfois se canaliser. Pour d’autres, plus respectueux de l’ordre établi, il faut quitter sa zone de confort. Mais au final, chaque situation dépend aussi de l’intelligence émotionnelle du manager en face… »

La rédaction