Comment savoir combien je vaux ?

Parce que l’on est resté longtemps dans une même entreprise ou parce que l’on débute, on n’arrive pas – ou plus – à définir le niveau de salaire qui correspond à ses compétences. Voici des éléments de réflexion pour vous aider à vous repérer et calculer vos prétentions au plus juste.

1 Je ne vaux pas forcément ce que dit le recruteur


On doit ce constat à Daniel Porot, auteur du best-seller 101 secrets pour bien négocier son salaire. Il invite d’entrée les candidats à combattre une certaine naïveté et affirme qu’ils ont tort de penser que tout ce que dit le recruteur est vrai. Le chiffre avancé en entretien n’a rien d’une vérité absolue. « Comme vous, le recruteur négocie, explique le consultant. Il gère intelligemment la rétention d’information et vous communique les faits dans une séquence qu’il a préparée à l’avance. » Il joue aussi sur une faiblesse et une pudeur bien françaises. « Chez nous, la question de l’argent est trop souvent taboue, reconnaît la coach Émilie Devienne, auteur du livre Cigale ? Fourmi ? Les clés d’une bonne relation à l’argent. On en parle du bout des lèvres et on laisse souvent la main au recruteur sur le sujet. »
"Vous sous-évaluer, pire, baisser vos prétentions de salaire sans rien demander en contrepartie est un comportement suicidaire lors d’une négociation."

2 J’ai déjà un prix sur le marché


Parmi les éléments concrets pour bien évaluer ses prétentions salariales, il y a évidemment, le dernier salaire en date. « Si votre dernière rémunération était satisfaisante, elle devient une excellente référence, facile à exprimer pour toute négociation à venir. Car vous avez déjà un prix sur le marché. » Mais la coach reconnaît qu’on est souvent plus désorienté. « Dans ce cas, on peut commencer par consulter les études de rémunération produites chaque année par de nombreux cabinets. » Un tableau vaut parfois mieux qu’un long discours. Comment savoir ce que vaut un assistant par exemple ? Entre 20 et 24 K€ brut par an pour un profil débutant et entre 25 et 30 K€ s’il est confirmé, selon la dernière étude Page Personnel, l’une des références en la matière< . Ce cabinet précise même que ces chiffres montent aussi de quelques K€ en fonction des compétences linguistiques du candidat. Dans un autre secteur, le salaire d’un technicien qualité oscille entre 22 et 35 K€ par an selon son expérience. « Pour quasiment chaque secteur, nous proposons des études annuelles de rémunération », rappelle Julien Weyrich, directeur au cabinet.
 

3 Je calcule ma marge… de négociation


« La base d’une négociation est déjà de partir avec un chiffre en tête et de ne pas laisser l’autre mener l’entretien sur la question, observe Stéphanie Demoulin, auteure du livre Psychologie de la négociation. Ensuite, il faut savoir de quelle marge on dispose. » Ce professeur de psychologie suggère aux candidats de se poser deux questions simples : "Pourrai-je me vendre facilement à d’autres employeurs ?" et "Est-ce que l’employeur a lui a priori aussi d’autres options possibles ?" Émilie Devienne confirme qu’il faut être conscient de ses atouts pour aborder la question sereinement. « Si on vous teste en vous disant que vous êtes cher, évoquez votre expérience ou votre carnet d’adresses, poursuit la coach. Si vous êtes dans un secteur qui s’y prête, comme le secteur commercial, n’hésitez pas non plus à dire que vous êtes un investissement et que votre salaire sera vite amorti. »
 

4 Je ne vaux pas… que de l’argent


 « La clé pour sortir d’une négociation de façon satisfaisante et de bien se préparer », poursuit Stéphanie Demoulin. Mais pour ce professeur, les candidats ont tort de limiter leurs prétentions à de l’argent.  « Le problème, c’est que la motivation première se limite souvent à l’argent. Or ce que je vaux ne se limite pas au montant en bas de ma fiche de paie. Les études montrent que lorsqu’on ne négocie que sur le salaire, on obtient des résultats sous-optimaux, c’est-à-dire moins satisfaisants. Parfois on obtient bien plus en négociant sur le temps de travail, l’autonomie, le télétravail ou d’autres choses qui tiennent à cœur. » Autrement dit : je vaux aussi… ce que je veux dans la vie. « Vous sous-évaluer, pire, baisser vos prétentions de salaire sans rien demander en contrepartie est un comportement suicidaire lors d’une négociation », abonde Daniel Porot. Un recruteur cèdera peut-être plus facilement sur des questions d’horaires et d’organisation que sur un salaire annuel brut.
 

5 Je sais aussi ce que je ne vaux pas…


Reste enfin une nuance importante. « Il faut partir en rendez-vous avec deux chiffres en tête, conclut Stéphanie Demoulin : le salaire que l’on aimerait obtenir, mais aussi le salaire en dessous duquel on refuse d’aller. » Même si l’on négocie des contreparties, cette spécialiste rappelle certains seuils psychologiques à ne pas dépasser. « Vous auriez l’impression de vous brader ce qui est fatal pour la confiance en soi et son futur équilibre, explique Émilie Devienne. Ce n’est pas non plus dans l’intérêt du recruteur… »

La rédaction