Comment se reconvertir au métier de développeur

Face aux entreprises qui disent manquer de développeurs en France, des écoles de code s’ouvrent sur tout le territoire. Elles veulent former les décrocheurs scolaires et chercheurs d’emploi aux nouveaux langages informatiques. Une voie de reconversion possible sous certaines conditions.

L’apprentissage des langages de programmation informatique est aujourd’hui perçu comme une planche de salut pour les décrocheurs scolaires et les chercheurs d’emploi en voie de reconversion. Et c’est tout le sens du programme "La grande école du numérique", présenté en septembre dernier par François Hollande. En fait d’école, il s’agit d’un ensemble de formations que le gouvernement veut labelliser pour leur donner plus de légitimité. Dans le sillage de l’école 42 de Xavier Niel, le patron de Free, un grand nombre d’écoles de code voient le jour. On peut citer la Web@cadémie, Simplon.co, l’École des Découvertes, Webforce3, ou le campus Samsung ouvert, l’an dernier, à Saint-Ouen.
Ces centres sont accessibles à un large public, sans prérequis académiques, économiques ou sociaux. Souvent basés dans les quartiers dits sensibles, ils se destinent en priorité aux personnes sans qualification, à la recherche d'un emploi ou d’une reconversion professionnelle. Ils dispensent des formations courtes (entre 3 et 24 mois), finançables par les aides publiques, permettant une insertion professionnelle immédiate ou la poursuite d'études.
"La formation doit être inscrite au Répertoire national des certifications professionnelles afin de délivrer des formations certifiantes. Ce qui est décisif pour trouver des financements."

« 80 % des élèves aujourd’hui en activité »


Président de Webforce3, Alain Assouline tire un bilan positif de la première année d’activité de son école créée en 2014. « 80 % des anciens élèves sont aujourd’hui en activité – CDD, CDI, stage avec promesse d’embauche, travail indépendant – et 10 % ont poursuivi leurs études. » Webforce3 compte cinq écoles en région parisienne et en Picardie et quatre autres sont en passe d’ouvrir en Lorraine (Piennes), à Bordeaux et en Normandie (Louviers, Trouville). Ces écoles proposent une formation de 490 heures, sur trois mois et demi, découpés par modules (HTML, PHP, Javascript).
Les élèves se retrouvent face à un professeur sept heures par jour et, à la fin de la journée, ils s’autoévaluent en ligne pour valider les acquis. Les dix derniers jours du parcours sont dédiés à la réalisation d’un site web complexe. Une formation très intensive qui a ses vertus pour Alain Assouline. « J’étais moi-même un décrocheur scolaire. Le plus dur quand on est dans cette situation, c’est le temps long. Là, les élèves font du code dès la première journée. Ils sont tout de suite dans le concret. »
Aucun diplôme n’est requis, pas même le bac, pour rentrer chez Weforce3. Il suffit de passer deux tests, un de logique, l’autre de culture générale web (30 % d’échec). Les frais de formation (3 300 euros) peuvent être pris en charge, totalement ou partiellement, via des dispositifs publics comme le POE (Préparation opérationnelle à l’emploi), l’AIF (Aide individuelle à la formation), le CPF (Compte personnel de formation), les aides de la région ou des organismes collecteurs de branche (OPCA).
Fondateur de l’agence digitale Atypic, David Villecourt a recruté deux anciens élèves de WebForce3. L’un est un ex développeur en SSII reconverti au développement web, le second, un autodidacte pur. « Ils sont opérationnels. Pour autant, il s’agit de profils juniors qui ont besoin d’être encadrés pour monter en compétences. Une période d’adaptation incontournable quelle que soit la formation initiale. »
 

Des développeurs de seconde zone ?


Président du Munci, association professionnelle des métiers du numérique, Régis Granarolo a un avis mitigé sur ces écoles de code. « D'un côté, nous sommes convaincus qu'il y a de la place pour tout le monde sur notre marché du travail. De l’autre, il est à craindre qu'elles ne forment, en quelques mois, des "sous-développeurs", sous couvert d’une pseudo-pénurie, alors que nos métiers nécessitent au contraire des compétences de plus en plus solides et variées.».
Il rappelle qu’il y a actuellement 23 000 développeurs inscrits à Pôle emploi toutes catégories confondues. Un chiffre en hausse de 8,9 % sur un an et de 20 % sur 5 ans. Le chômage affecte tout particulièrement les informaticiens de niveau bac + 2, deux fois et demi plus touchés par ce fléau que les bac + 5. Les recruteurs privilégiant, de tout temps, les ingénieurs diplômés.
À ses yeux, une école de code doit respecter un certain nombre de règles. Elle doit être ouverte aux chercheurs d’emploi et ne pas imposer de limite d’âge. La formation doit être au minimum de 4 à 6 mois, axée sur des mini-projets, dispensée par des enseignants menant une veille professionnelle et technologique régulière. Enfin, la formation doit être inscrite au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP), ou en cours d’inscription, afin de délivrer des formations certifiantes et non seulement qualifiantes. Ce qui est décisif pour trouver des financements.
 

Des formations lancées par les recruteurs


Les écoles de code ne sont pas les seules à s’ouvrir aux néophytes de la programmation. Des éditeurs de logiciels ou des sociétés de services informatiques ont aussi lancé des initiatives dans ce sens. Société d’ingénierie spécialisée dans l’open source, Alter Way va former, en 2016, une vingtaine de personnes sur les métiers du développement, de l’administration système et réseaux. Des informaticiens en voie de reconversion mais aussi des individus venant d’autres secteurs.
« La programmation requiert des aptitudes de logique, de rigueur mais aussi de la créativité pour la création de sites web ou d’infographies, avance Philippe Montargès, son président. Nous recherchons surtout des personnes capables de travailler en réseau et d’assimiler en continu de nouvelles connaissances et pas seulement à un instant t. »
 

Les langages plus anciens font de la résistance


Si les nouveaux standards du web (PHP, Java, .Net) ont la cote, il ne faudrait pas enterrer trop vite les vieux langages. Les compétences sur les grands systèmes (mainframes) sont, en effet, particulièrement recherchées, les experts en Cobol, MVS, JCL, CICS, ou DB2 partant massivement à la retraite.
Des environnements qui ne sont plus enseignés en écoles d’ingénieurs alors qu’une étude d’IDC publiée en 2014, à l’occasion du cinquantième anniversaire du mainframe, rappelait que ce dernier supportait encore 65 % des applications critiques dans l’industrie et la banque en France.
Pour pallier la pénurie de cobolistes, des programmes ont vu le jour chez les fournisseurs informatiques pour former des informaticiens mais aussi des jeunes diplômés des filières scientifiques (mathématiques, physique, biologie…) voire des chercheurs d’emploi comme la "Mainframe Academy" de Volvo IT ou "System z Academic Initiative" d’IBM.
 

Moocs gratuits pour les chercheurs d’emploi


Le numérique offre aussi la possibilité de s’auto-former au développement. Pôle emploi vient d’ailleurs de signer un partenariat avec la plateforme de Moocs (formation en ligne) OpenClassrooms. Pendant trois mois, tous les chercheurs d’emploi peuvent accéder à plus de mille cours en ligne dans les domaines du développement web et de la création numérique. Avec la possibilité d’obtenir des certificats à l’issue du cursus. Sur l’Emploi Store de Pôle emploi, on trouve aussi des tutoriels gratuits dispensés par Tuto.com.
 
 
 

La rédaction