Comment travailler avec un collègue qu'on n'aime pas ?

C’est triste à dire, mais vous ne supportez plus tel ou telle collègue. C’est grave ? Oui, parce que votre vie professionnelle et votre bien-être en pâtissent. Mais pas désespéré. Voici le mode d’emploi pour y remédier en douceur.

Éviter les comportements stériles


L’open space est rempli de nuisances diverses et variées qui peuvent, à la longue, vous pousser à bout. Mais que ce soit untel qui vous raconte sa vie tous les matins ou unetelle qui vous parle trop mal à votre goût, ne cédez par à la tentation d’attaquer ces collègues gênants. « Vous vous en mordrez les doigts et, chaque fois que vous les verrez, vous serez taraudés par la culpabilité et les remords », observe Alexandre Dubarry, consultant en entreprise.
Malgré tout, ce n’est pas une raison pour ne rien faire. En effet, le mode passif, qui consiste à se taire et à encaisser les coups, ne vaut guère mieux. « Non seulement ce comportement est inefficace, résume l’expert, mais il ne peut qu’encourager les importuns à poursuivre. »
"Un conflit résulte souvent d’une méconnaissance de soi et de ses rapports avec les autres."

Se connaître soi-même et les autres


Une mise au point s’impose. Mais pas forcément celle que l’on imagine. Psychologue de formation, adepte de la Process Communication et auteur du livre Comment leur dire ?, Gérard Collignon rappelle une évidence salutaire : « Chacun a une personnalité unique qui, parfois, se heurte à celle d’autrui ». Pour y remédier, il invite chaque salarié à s’interroger sur sa propre personnalité avant de stigmatiser le collègue qui pose souci. « Un conflit résulte souvent d’une méconnaissance de soi et de ses rapports avec les autres. Le concept de la Process Com définit six types de profils (empathique, travaillomane, persévérant, rêveur, promoteur et rebelle) qui permettent de comprendre une façon de fonctionner. »
Pour faciliter ses rapports professionnels, même si ce n’est pas dans sa nature, on prendra ainsi deux minutes pour s’intéresser à un collègue « empathique » très attaché aux rapports humains et on veillera à féliciter le « travaillomane » d’un tempérament perfectionniste. « D’un point de vue professionnel, c’est formidable scanner de personnalités, confirme Marc Leidelinger, le PDG-fondateur de la société FFT. Maintenant que je me connais un peu mieux, je l’ai intégré intuitivement dans mes rapports avec les autres. »
 

Se poser les bonnes questions


Pour résoudre ces conflits de manière constructive, Alexandre Dubarry prône la communication non violente. Pour commencer, il suggère de se poser cinq questions pour identifier le contour de la gêne :
  • Quels sont les faits neutres et objectifs ?
  • Qu’est-ce qui me dérange vraiment ?
  • Comment ai-je fait jusqu’à aujourd’hui ?
  • Qu’est-ce que j’aimerais obtenir ?
  • Quelles possibilités s’offrent à moi ?
 « Le meilleur moyen de ne pas entrer en conflit est véritablement de s’entraîner à exprimer les faits ou les éléments problématiques de la manière la plus factuelle et la plus objective possible. » Auteur du livre Comment dire à un collègue qu’il sent mauvais sous les bras ?, Alexandre Dubarry propose une méthode applicable même dans les situations les plus gênantes. Il s’agit ainsi de préparer une phrase d’accroche neutre et bienveillante. Exemple d’une entrée en matière possible : « Serais-tu d’accord pour aborder une question délicate qui me met un peu mal à l’aise ? » On pourra ensuite poursuivre, toujours sans asséner de jugement de valeur, en ajoutant : « C’est très subjectif, je sais, mais il se peut que je ne sois pas le seul à ressentir cette gêne… »
 

Et recadrer de façon productive


Tout peut se dire, à condition d’y mettre la forme. Les retards répétés ou le ton désagréable d’un collègue compromettent la qualité de votre travail? Denis Selosse, formateur chez Demos, enseigne la technique éprouvée du “DESC”, en quatre étapes, pour recadrer un collaborateur de façon efficace. « On commence par lui décrire, de la façon la plus neutre possible, des faits concrets, explique-t-il. Dans un deuxième temps, on  exprime face à lui ce que ce qu’on ressent face à cette situation. On introduit ainsi de la sincérité à la relation et on permet au salarié de mesurer l’impact de ses actions. » Mais pour que le reproche soit constructif, il faut dépasser le problème rencontré et proposer une solution. « Il s’agit d’exprimer clairement ce que le collaborateur doit modifier pour que le problème, et le ressentiment associé, disparaissent, poursuit le coach. Et on clôt la discussion en décrivant toutes les conséquences positives que les deux parties peuvent attendre de son changement. » Les relations de bureau, ça se travaille !

La rédaction