Débordé de travail ? Comment en parler à votre chef

Entre les dossiers à boucler de toute urgence, les rapports à lire qui s’empilent et le nouveau stagiaire à former, vous enchaînez les journées de 12 heures au bureau… Pour éviter le burn-out, le mieux reste encore d’en parler avec votre supérieur. Nos conseils pour aborder une surcharge de travail avec son chef sans passer pour un tire-au-flanc.

Se détacher de ses croyances


Si certains salariés hésitent à pousser la porte du bureau de leur supérieur lorsqu’ils sont surchargés de travail, « c’est qu’ils sont animés par des croyances fortes qui ne sont pas faciles à mettre de côté », décrypte Anne-Marie Cariou, directrice associé du cabinet de conseil Stimulus.
« Je dois réussir tout ce que j’entreprends », « J’ai peur de passer pour un incompétent », « Si je montre des signes de difficulté, je vais perdre mon job » sont autant de certitudes bien ancrées qui handicapent un bon nombre de collaborateurs. Pour réussir à s’en débarrasser, « il faut sortir de la position de “redevabilité” dans lequel les salariés se mettent vis-à-vis de leur employeur », assure Philippe Mayet, consultant-formateur chez CSP Formation. Et gardez en tête que votre job, vous l’avez mérité.

Respecter le bon timing


À la question « quand faut-il aborder sa surcharge de travail avec son boss ? », les professionnels semble plutôt divisés. Pour Philippe Mayet, mieux vaut le faire le plus rapidement possible. « Plus le salarié attendra, plus ses craintes d’être mal reçu par son supérieur seront exacerbées », avance-t-il.
Anne-Marie Cariou, estime qu’il est plus judicieux de solliciter son manager en dehors des périodes de rush. « L’idéal est de réussir à prendre le recul nécessaire et à se détacher de ses émotions négatives », explique-t-elle.
Quoi qu’il en soit, les professionnels s’accordent à dire qu’il est totalement vain de débouler dans le bureau de son patron sans avoir affuté quelques arguments.

Évaluer sa charge de travail


Avant de solliciter votre N+1, il est nécessaire d’estimer la charge de travail que vous abattez toutes les semaines. « Le plus simple est de faire une liste et de distinguer les priorités de votre patron, celles liées à votre fonction ainsi que les vôtres », énumère Anne-Marie Cariou. Peut-être vous apercevrez-vous que vous effectuez chaque jour des tâches qui ne relèvent pas de vos fonctions.
Lorsque vous dresserez cette liste, soyez le plus factuel possible : pour chaque tâche, calculez le nombre d’heures de travail requis. Après avoir réalisé cette évaluation, interrogez-vous sur l’origine de la surcharge. « Il faut essayer de savoir si elle provient d’un manque de ressources matérielles, intellectuelles ou si elle s’explique par le fait que la hiérarchie impose à ses salariés un rythme trop soutenu », explique Amandine de Septenville, consultante en prévention des risques psychosociaux au sein du cabinet Psya.

Structurer son argumentaire


Quoique légitimes, les arguments « J’ai trop de travail » et « Je n’y arrive pas » n’ont aucun poids. Pour réussir à convaincre votre supérieur de mettre en place des solutions d’aide, « vous devez structurer votre discours », insiste Amandine de Septenville.
Le jour J :
- décrivez avec objectivité les faits et ses conséquences : « Je n’ai pas réussi à terminer ce dossier dans le délai imparti et notre client n’est pas satisfait. »
- ensuite, exprimez votre ressenti. Par exemple : « Cette situation me met mal à l’aise car j’ai l’impression de ne pas répondre aux attentes de notre client. »
- enfin, interrogez votre supérieur sur ce qu’il préconise au vue de la situation. « Son rôle est de trouver avec vous des actions correctives pour que vous puissiez de nouveau travailler dans de bonnes conditions », rappelle Philippe Mayet.
Le manager peut, par exemple, vous proposer de suivre une formation pour gagner en efficacité sur certaines tâches pour lesquelles vous n’avez jamais été formées. Ou encore vous convier à des réunions hebdomadaires pour définir quelles sont les tâches prioritaires.

Rester ferme


Certains managers, notamment ceux ayant eux-mêmes des objectifs inatteignables, ont parfois des difficultés à comprendre la surcharge de travail de leurs collaborateurs. Pour être certain que votre supérieur vous prenne au sérieux, « il ne faut pas hésiter à le remettre dans sa position de manager », souligne Anne-Marie Cariou. Par exemple : « Je ne pourrais pas suivre ces trois dossiers. Je vous laisse arbitrer et me dire lequel je peux laisser de côté pour l’instant. »
Si, par ailleurs, vous avez réussi à identifier vous-mêmes les ressources dont vous manquez, précisez-lui avec fermeté. « Je souhaiterais être formé pour acquérir l’expertise qui me manque pour mener à bien cette mission. »

La rédaction