Défauts/qualités : cette question est-elle encore posée en entretien d'embauche ?

Ce serait un incontournable des entretiens d’embauche : "Quels sont vos défauts et vos qualités ?". Une question posée de façon immuable par tous les recruteurs aux candidats. Est-ce toujours le cas ? À quoi peut-elle bien servir ? Comment y répondre ? Zoom sur ce marronnier de la recherche d’emploi.

Une question toujours à la mode… mais sous différentes formes


« Poser la question des défauts comme celle des qualités à un candidat en entretien d’embauche, c’est à la fois un peu facile et abrupt », estime Stéphane Petit, chargé de recrutement chez SGS France. Facile car « tous les candidats s’y attendent et ont tendance à donner des réponses toutes faites avec des défauts qui n’en sont pas » : exigeant, perfectionniste, rigoureux… Abrupt car « ça peut casser le fil de l’entretien, en introduisant un aspect négatif. Ca ne donne pas forcément des éléments probants en tant que tel pour le recruteur », poursuit Stéphane Petit, qui préfère la poser d’une manière détournée plus subtile : « Par exemple, je demande sur quels points le candidat pense pouvoir trouver des axes d’amélioration, ou comment il peut gagner en savoir-faire. » Des questions plus constructives et qui ne risquent pas de casser le relationnel établi au cours de l’entretien. Autre manière détournée de poser la question des défauts : « Quelles sont les choses qui vous inspirent le moins dans votre métier ? », soumise par Daniel Porot, directeur du cabinet Porot.
"La forme de la réponse importe au moins autant que le fond. Il faut savoir s’y préparer, feindre la demi-surprise mais sans avoir l’air d’être déstabilisé ni faire la moue."

Un test de personnalité et de maturité efficace du candidat


Dans quels cas pose-t-on encore cette question ? « Généralement pour des postes où le facteur humain est primordial », répond Jean-Marc Fourche, auteur de l’ouvrage Entretien d’embauche, les 5 étapes clefs pour réussir. Autrement dit, on posera plus la question des défauts, en même temps que celle des qualités, pour des postes de relationnel, dans les fonctions managériales par exemple, que pour des métiers purement techniques où la personnalité du candidat est secondaire par rapport à ses compétences. « C’est bien la personnalité qu’on va tester avec cette question, donc la forme de la réponse importe au moins autant que le fond », estime Daniel Porot. Il faut savoir s’y préparer, feindre la demi-surprise mais sans avoir l’air d’être déstabilisé ni faire la moue. « C’est un bon test pour évaluer la maturité du candidat, enchaîne Stéphane Petit. On peut analyser s’il est assez à l’aise pour parler de soi pas forcément sous un beau jour sans non plus se dévaloriser ou s’enfoncer. »
 

Des défauts retournés positivement


Important également : les recruteurs veulent voir si les candidats vont réussir à tourner les défauts éventuels de manière positive. « Quand on demande ses défauts à un candidat et qu’il commence sa réponse par "mes points d’amélioration sont…", il évite de reconnaître par exemple qu’il est désorganisé, ce qui a une connotation négative » illustre Jean-Marc Fourche. Une nuance importante. Si un candidat ajoute "je travaille dessus", cela qui implique qu’il est sur la voie de la correction de ce défaut et qu’il est prêt à faire des efforts.
 

La sincérité paie… jusqu’à un certain point


Stéphane Petit l’assure, « le métier des recruteurs permet de déceler les candidats qui ne sont pas sincères. Mentir en s’inventant de faux défauts pas trop gênants se repère tout de suite. » Inutile  de tenter un "je suis trop exigeant" pour un poste de direction ou un "je suis trop honnête" pour un poste de comptabilité. Le recruteur aura aussi tendance à juger négativement des défauts a priori anodins qui peuvent être préjudiciables à une candidature. « Dire qu’on n’aime pas l’avion en sachant que le poste à pourvoir n’implique pas de longs déplacements peut paraître sans risque, mais c’est jouer le court terme. Qui sait si les fonctions du poste ne sont pas amenées rapidement à évoluer ou l’entreprise à grandir à l’international ? », illustre Daniel Porot.
 

Des réponses originales à tenter au feeling


Est-il possible de botter en touche à cette question en jouant la carte de l’humour ? « Tout dépend de la manière dont l’entretien s’est déroulé jusqu’à présent », juge Jean-Marc Fourche. Si le feeling passe bien, esquiver volontairement le piège tendu peut être bien perçu du recruteur. Exemple avec Daniel Porot : « J’ai le souvenir d’un candidat qui avait répondu que son défaut était qu’il était stressé quand il avait à monter sur scène devant un auditoire, auquel cas on lui avait répondu que ça ne risquait pas de se présenter dans son travail. Il avait conclu en disant que dans ce cas, il n’avait aucun autre défaut à signaler. » Une pirouette audacieuse qui peut faire mouche.
 
Et vous, vous en pensez quoi de cette question devenu incontournable en entretien d'embauche ? Dites-le nous en commentaire.
 

La rédaction