Demander une augmentation : les arguments à ne pas utiliser face à son chef

Malgré la crise, vous avez bien mérité une augmentation, vous en êtes sûr. Mais avez-vous les bons arguments pour convaincre votre boss ? Car la logique des collaborateurs est bien différente de celle de l’entreprise. Voici 5 phrases souvent entendues pendant la négociation qui ne vous permettront pas de parvenir à vos fins.

1 « C’est la crise, ma femme a perdu son job et nous avons du mal à joindre les deux bouts… »


Il est tentant d’utiliser cet argument lorsqu’on travaille dans une entreprise qui génère, d’année en année, toujours plus de bénéfices. Pourtant, Frédéric Adida, fondateur du cabinet de conseil Assaté, ne le recommande pas. « Il est inutile de rendre son cas attendrissant dans la mesure où ce n’est pas le lieu. Les entreprises ne souhaitent pas avoir des salariés qui pleurent sur leur sort », assure-t-il. Ce n’est donc pas en arrachant une larme à votre interlocuteur que vous parviendrez à vos fins. « C’est un argument irrecevable, poursuit-il. Lorsqu’un manager décide d’octroyer une augmentation à son collaborateur, c’est parce que ce dernier dispose de solides compétences et d’une valeur ajoutée, non pas parce que c’est la crise. »
"Ce n’est pas parce que vous êtes en poste depuis dix ans que votre patron est obligé de vous octroyer une augmentation." 

2 « Si vous n’augmentez pas mon salaire annuel de 12 %, je claque la porte ! »


Le chantage est un travers dans lequel nombre de salariés tombent… Pour Patrick Amar, directeur général de la société de conseil Axis Mundi, « lancer un ultimatum à son patron constitue une mise en demeure maladroite et enfantine. » Il est clair que cet argument ne peut vous attirer que des ennuis. Soit, votre interlocuteur ne vous pardonne pas cet écart et vous ouvre la porte de sortie. Soit, il se sent coincé par vos propos et vous reproche de lui forcer la main… Plutôt que de lui mettre le couteau sous la gorge en demandant une augmentation de 12 %, « expliquez-lui, chiffres et exemples à l’appui, ce que votre contribution apporte au quotidien à l’entreprise et avancez des arguments auxquels votre interlocuteur est sensible : performance, précision, qualité… », conseille Patrick Amar.
 

3 « Une entreprise concurrente est intéressée par mon profil et est prête à me rémunérer 10 K€ de plus par an. »


C’est certainement l’argument préféré des salariés en poste. Malheureusement, il a été tellement utilisé par ces derniers qu’il est aujourd’hui galvaudé. « Cette technique, qui peut être utilisée qu’une seule fois, est désormais bien connue des employeurs », confirme Frédéric Adida. En vous appuyant sur cette stratégie, vous sous-entendez que la rémunération est votre seul levier de motivation et renvoyez à votre patron l’image d’un salarié uniquement intéressé par les chiffres inscrits sur sa fiche de paye. « Il ne faut pas comparer deux postes en fonction du seul critère de la rémunération. Une bonne ambiance de travail et la variété des perspectives d’évolution sont des éléments à considérer et peuvent largement contrebalancer un salaire moins élevé », estime Frédéric Adida.
 

4 « Cela fait cinq ans que je n’ai pas été augmenté, contrairement à untel, qui a vu son salaire réévalué après seulement deux ans d’ancienneté… »


« Obtenir une augmentation salariale ne constitue pas un acquis », rappelle Frédéric Adida. En clair, à moins que la convention collective de votre entreprise soit explicite sur le sujet, ce n’est pas parce que vous êtes en poste depuis dix ans que votre patron est obligé de vous octroyer une augmentation. « Cette tactique est d’autant plus maladroite qu’elle conduit souvent à des contre-arguments comme : "vous n’êtes pas aussi performant que votre collègue" ou "votre motivation n’est pas aussi grande" », estime Charles Matthews, co-directeur d’AM Coaching. Plutôt que d’avancer cet argument, interrogez-vous : avez-vous eu l’occasion de montrer à votre N+1 que vous méritez la revalorisation de votre salaire ? C’est en vous appuyant sur des réussites individuelles que vous serez le plus convaincant.
 

5 « Je rapporte de l’argent à l’entreprise. Je souhaite être augmenté en retour. »


Certes, la logique de cette phrase est imparable. Mais elle est également un peu simpliste. « Plus votre discours s’appuiera sur des indicateurs précis, plus il sera convaincant », explique Frédéric Adida. Plutôt que de préciser que l’entreprise est en bonne santé grâce à vous, récoltez plusieurs données factuelles et demandez à votre patron comment vos efforts peuvent être récompensés. Par exemple : « Cette année, grâce au travail de prospection commerciale que j’ai réalisé, j’ai généré 150 000 euros de chiffre d’affaires. J’aimerais ainsi avoir une rémunération plus en adéquation avec mes réussites passées et mes contributions futures. J’aimerais notamment qu’on réfléchisse ensemble à une rétribution variable en fonction de l’atteinte d’objectifs. »

La rédaction