Discrimination à l'embauche : quand le look et le lieu de résidence posent problème

Selon les chercheurs d’emploi non européens, leur origine étrangère et leurs convictions religieuses restent des handicaps majeurs lorsqu’ils recherchent un emploi. Une récente étude détaille les critères perçus comme les plus discriminants par ces chercheurs d’emploi.

La perception du racisme ordinaire se niche parfois dans des détails. C’est du moins ce qui ressort du 8e Baromètre sur la perception des discriminations dans l’emploi publié le 13 février dernier, réalisé par l’Ifop à la demande du Défenseur des droits et de l’Organisation internationale du travail (OIT). L’institut y met en lumière les discriminations ressenties par 1002 chercheurs d’emploi, en se focalisant notamment sur la perception de 500 personnes d’origine étrangère non européenne. Et si ces dernières sont plutôt indulgentes avec les recruteurs, elles mettent néanmoins en avant les différences qui leur valent d’être éliminées lors de leurs démarches. Des différences davantage liées à leur culture et à des marqueurs sociaux que pour les autres chercheurs d’emploi. Logiquement, les chômeurs d’origine étrangère sont trois fois plus à s’être sentis discriminés à l’embauche du fait de leur origine étrangère (64 % contre 20 %). Mais aussi de leurs  convictions religieuses (32 % contre 6 %) et – même si la différence est un peu moins marquée – de leur lieu de résidence (21 % contre 16 %).
 
Les 12 critères perçus comme les plus discriminants
Ils pensent par exemple que le fait d’« avoir un style (vêtements, coiffure, tatouages…) qui ne correspond pas aux codes du milieu professionnel » est le pire handicap face à un recruteur alors que l’ensemble des personnes interrogées placent la séniorité et la grossesse comme premiers facteurs de discriminations.
Et surtout, ils ont l’impression que venir d’un quartier sensible peut leur porter préjudice, le critère « habiter dans une ZUS (zone urbaine sensible) » étant placé en quatrième position. Un sentiment qui est loin d’être partagé par l’ensemble des sondés. Plus qu’un racisme lié à leur couleur de peau, les personnes d’origine étrangère craignent d’être un jour victimes d’un racisme de classe, dû à un manque de mixité sociale dans les quartiers.
 
Une discrimination ressentie tout au long du processus de recrutement
Les inégalités ressenties par les chômeurs d’origine étrangère commencent dès l’envoi du CV (54 % contre 28 %) et se poursuivent lors de l’entretien d’embauche (74 % contre 64 %). À ce stade, ils se retrouvent plus fréquemment que d’autres sous le feu de questions discriminantes. Les recruteurs n’hésitent pas à les questionner sur l’origine de leur nom de famille (27 % contre 16 %), sur leur religion (22 % contre 6 %), leur accent étranger (12% contre 6%). Questions qui sont bien évidemment tout à fait illégales puisque, en droit, les questions posées au candidat lors d’un entretien d’embauche ne peuvent porter sur des informations personnelles sans rapport avec le poste à pourvoir.

La rédaction