Entretien d'embauche : à quelles questions s'attendre selon son interlocuteur

Futur chef ou collègue, patron de l’entreprise, cabinet de recrutement ou DRH, selon la personne qui vous reçoit en entretien d’embauche, le rendez-vous peut prendre une tournure totalement différente. Pour vous aider à mieux vous préparer et à convaincre, trois experts du recrutement nous expliquent les différences entre leurs attentes.

Le cabinet de recrutement : à l’écoute du « client »


« Do you speak English ? » Ne soyez pas surpris : cet interlocuteur attend avant tout des preuves ! « Le chasseur de tête doit mettre des croix dans des cases, résume Christian Gury, expert en ressources humaines et auteur du livre Les 5 clés pour réussir ses carrières. Il est guidé par une sorte de portrait-robot fourni par son client. » Pour avoir une idée des questions posées, ce consultant suggère au candidat de relire attentivement la description de poste. « Avec le chasseur de tête, le but est de passer le barrage d’entrée des présélections pour décrocher un rendez-vous dans l’entreprise concernée. Il faut donc rentrer dans les clous. » Consultante en recrutement et associée chez AlterView Conseil, Nadia Boutaleb confirme. « Ce sont des entretiens généralement formels et assez techniques. Je peux interroger un candidat sur la maîtrise d’un logiciel ou d’une langue étrangère. Mais je peux aussi lui demander sa dernière fiche de paye pour vérifier son niveau de salaire ou des références pour valider son parcours. »
"Votre futur chef ? Vous devez lui prouver que vous serez opérationnel dans les plus brefs délais pour lui faciliter la tâche."

Le n+1 : objectif efficacité


« Quelle version d’Indesign utilisez-vous ? » Lui entrera vite dans le vif du sujet. Celui qui sera peut-être votre futur manager ne badine pas avec les logiciels. Ou avec les spécificités de tel micro-marché, selon son domaine de compétences. « Il connaît souvent aussi bien que vous, voire mieux, votre métier et votre secteur d’activité, souligne Olivier de Clermont-Tonnerre, directeur associé au cabinet Atomos Conseil et co-auteur du guide Réussir votre entretien de recrutement. Donc pas de bluff. Cet interlocuteur a besoin d’être rassuré sur la fiabilité de son futur collaborateur. » « Attendez-vous à des questions essentiellement techniques et opérationnelles, abonde Christian Gury. Le but est de lui rendre service ici et maintenant, sur le court terme. Vous devez lui prouver que vous serez opérationnel dans les plus brefs délais pour lui faciliter la tâche. »
 

La DRH : garant de la culture d’entreprise


« Comment travaillez-vous en équipe ? » Changement de décor, de ton et de propos dans le bureau de la direction des ressources humaines. Votre expertise ? Il s’en fiche un peu. Non pas qu’il s’en désintéresse mais il ne maîtrise pas forcément le sujet. « Un DRH ou un responsable du recrutement a une vision générale de l’entreprise, mais il n’est pas un expert dans tous les domaines de l’entreprise : vous parlerez donc moins métier et il faudra vous efforcer de ne pas jargonner », poursuit Olivier de Clermont-Tonnerre. Son objectif : identifier des profils équilibrés qui s’intégreront bien dans l’entreprise. » « Contrairement à un chasseur de tête très axé sur le savoir-faire, le directeur des ressources humaines peut s’intéresser au savoir-être d’un candidat, explique Nadia Boutaleb. Il est le mieux placé pour déterminer si votre personnalité est adaptée à la philosophie de l’entreprise. »
 

Le patron : quand le boss voit loin


« Où vous voyez-vous dans cinq ans ? » Pour vous, la question n’est pas d’actualité ? Pour lui, si. « Si on vous propose un entretien avec le patron de la boîte, c’est qu’il y a un enjeu à plus long terme, prévient Christian Gury. Car un recrutement, c’est aussi, parfois, un pari  sur l’avenir. » L’entreprise a peut-être de grands projets et s’interroge sur votre potentiel. « Le n+2 ne vérifie pas vos compétences actuelles mais voit à plus de 2 ans. Il peut vous poser des questions sur votre avenir. Dans une entreprise connue pour sa mobilité interne, mieux vaut montrer un peu d’ambition. »
 

Votre futur collègue vous teste


« Vous allez souvent chercher vos enfants à l’école ? » Reste un dernier interlocuteur, plus imprévisible. Lui ira peut-être sur un terrain plus personnel. Faut-il y voir une ruse ? Pas forcément. « Un professionnel du recrutement connaît les limites à ne pas franchir, relativise Nadia Boutaleb. Mais tout le monde, dans l’entreprise, n’a pas toujours la notion de la loi… » Cet interlocuteur n’est pas un pro du recrutement, mais on lui demandera peut-être de se prononcer sur un futur collègue potentiel. Et ce « n+0 » voudra donc davantage vous cerner au quotidien. Il peut s’intéresser à vos horaires, à vos méthodes de travail, voire vos ambitions. « Il cherchera l’ami, le complice, essaiera de débusquer le rival, analyse Olivier de Clermont-Tonnerre. Restez sobre, factuel, sans trop en faire. » Pour Christian Gury, cet ultime interlocuteur n’est pas à négliger. « Même s’il n’apparaît pas dans le process de décision dans l’organigramme, c’est sans doute quelqu’un de confiance qui a l’oreille du décideur... »

La rédaction