Entretien : les pires gaffes des recruteurs

Il n’y a pas que les candidats qui peuvent se planter en entretien. Les recruteurs commettent eux aussi quelques belles bourdes. La preuve avec les confessions de quatre experts qui ont accepté de nous en dévoiler un peu plus sur les coulisses du recrutement.

Écarter le bon candidat


Dire à un candidat qu’il n’a pas été retenu et s’apercevoir qu’on fait fausse route : c’est la gaffe commise par Jean-Christophe Thibaud, dirigeant du cabinet Lectia RH.
« Un candidat m’a contacté par téléphone pour faire le point sur la suite d’un recrutement pour lequel il avait été reçu en entretien. Pensant que j’avais à affaire à celui qui avait été écarté de la short-list, je suis parti bille en tête à lui dire que je lui avais déjà expliqué les raisons pour lesquelles son profil ne convenait pas…
Jusqu’à ce que la confusion s’installe entre nous et que je m’aperçoive que je l’avais confondu avec un autre ! » On imagine le soulagement du candidat lorsqu’il a finalement appris qu’il avait décroché le poste…

La question de trop


Catherine Saba, associée de recherche pour un cabinet d’executive search, a certainement vécu ce que tout recruteur redoute : faire pleurer un candidat.
« Je me souviens d’une fois où j’avais en face de moi une candidate assez fragile. Lorsque je lui ai demandé la raison pour laquelle elle était restée aussi peu de temps dans sa précédente entreprise, elle n’a pas été capable de me donner une réponse viable.
J’ai insisté plusieurs fois jusqu’à ce qu’elle se mette à pleurer en m’expliquant qu’elle était en instance de divorce, dans un moment délicat de sa vie. Son attitude m’a déstabilisée d’autant qu’elle briguait un poste calibré de commercial.
Avec le recul, je crois que je n’aurais pas dû pousser mon raisonnement aussi loin et mieux anticiper son mal-être. Elle n’a jamais réussi à reprendre le dessus et nous avons du mettre un terme à l’entretien. »

Un fou rire déplacé


Il arrive que les nerfs des recruteurs lâchent. Sébastien Canard, co-fondateur d’Open Sourcing, en est la preuve. Alors qu’il était en ligne avec un candidat à l’occasion d’un pré-entretien, il a été pris d’un fou rire l’empêchant de continuer tout échange. L’origine de cet éclat de rire incontrôlé ? Un nom de famille un peu farfelu.
« Comme nous travaillons dans un open-space, mon fou rire s’est propagé à tout le plateau. Il s’est passé quelques minutes avant que mon professionnalisme ne reprenne le dessus », se souvient-il. Et le candidat ? « Il a sagement attendu que je me calme ! Lorsque c’est moi qui me moque des noms de famille, les candidats m’excusent plus facilement puisque mon nom prête lui aussi à sourire… »

Vite fait mal fait…


Comme les candidats, il arrive que les recruteurs ne se préparent pas suffisamment aux entretiens. Un commercial envoyé chez un des clients de Jean-Christophe Thibaud en a fait les frais.
« Lorsque le candidat a abordé, en fin d’entretien, la question du salaire, mon client a sorti sa calculette, un petit bout de papier et a griffonné à la va-vite la rémunération qu’il pouvait lui proposer, après avoir effectué deux ou trois calculs en fonction du chiffre d’affaires de l’entreprise ! » Inutile de préciser que cette improvisation a fait fuir la candidat… il laissait présager une mauvaise organisation de l’entreprise.

Le bluff qui tombe à l’eau


Un recruteur spécialisé dans le secteur de la finance qui recrute un ingénieur informatique, ça donne quoi ? « De longues minutes de solitude », assure Thierry Andrieux, fondateur du cabinet Humanessence.
Pour rendre service à l’un de ses clients, ce consultant a dû recevoir un candidat qui évoluait dans un univers en dehors de son expertise. « Lorsque j’ai interrogé le candidat sur ses compétences techniques en Java-J2EE, je me suis senti mal à l’aise. Je voyais bien, à sa mine déconfite, que je n’étais pas apte à comprendre son univers. Même si j’avais préparé mes questions, je ne me suis pas senti légitime car je n’étais pas en mesure d’apprécier la qualité de ses réponses… »
Pour les candidats comme pour les recruteurs, les mensonges c’est trop risqué.

Do you speak english ?


Pour tester les compétences linguistiques des candidats, les recruteurs sont nombreux à proposer de continuer l’entretien d’embauche dans la langue de Shakespeare. Sauf que des fois, ces professionnels surestiment un tantinet leurs capacités en anglais…
Thierry Andrieux se souvient : « un jour, un de mes consultants a reçu un profil de financier en entretien. Pour vérifier si son anglais était aussi fluent que son CV le laissait croire, il lui a posé une question dans cette langue. Non seulement il s’est aperçu que le niveau d’anglais du candidat était meilleur que le sien mais il a également dû repasser en français pour être sûr de comprendre tout ce qu’il disait ! »

La rédaction