Être salarié mais indépendant grâce au portage salarial

Entre deux postes, en complément ou pour tester une idée, son principe gagne à être davantage connu : le portage salarial permet de travailler en indépendant tout en gardant un statut de salarié… Mode d’emploi.


Le principe : être indépendant et salarié à la fois


« J’aimerais juste dire aux 5,5 millions de Français qui recherchent une activité à temps plein ou partiel de s’y intéresser », observe Guillaume Cairou. Président de la Fédération Européenne du Portage Salarial (FEPS), le fondateur de Didaxis rappelle toujours volontiers que le portage salarial, encore méconnu en France, compte déjà 7 millions d’adeptes en Europe. « En Grande-Bretagne, 48 % des nouveaux emplois sont créés par des indépendants. Or, chez nous, on est encore en dessous de 10 %. Pourtant le portage salarial est un excellent tremplin. » « Le grand principe du portage salarial est qu’il permet à des indépendants d'exercer une activité autonome avec un statut de salarié, ajoute Eric Atlani, fondateur de Concretio, une société de portage spécialisée dans l’informatique. L'intérêt majeur et d'être son compte, son propre patron, mais tout en gardant ce statut de chaque salarié qui nous est cher à tous. »

 

Comment ça marche : un intermédiaire facture pour vous


« Concrètement, on s'épargne déjà des démarches administratives comme la création d'une société et le recours à un comptable, poursuit Eric Atlani. On peut se concentrer sur son métier, ses missions et ses clients, et laisser la société de portage s’occuper du reste. » Les sociétés de portage, généralement spécialistes dans certains secteurs d’activité, agissent ainsi comme des intermédiaires qui facturent votre mission d’un côté et vous édite une fiche de salaire de l’autre. Seul coût : une commission - autour de 10 % de son chiffre d’affaires mais souvent négociable - couvrant ses frais de gestion. Juridiquement, le "porté" devient donc, le temps de la mission facturée, salarié et dépendant du régime général de l’assurance maladie. Il touchera au final autour de 50 % de la somme facturée après le paiement de charges sociales mais s’ouvrira des droits supplémentaires à la retraite et à l’assurance-chômage. « Le consultant va ainsi signer un vrai contrat de travail avec la société de portage salarial qui, de son côté, va contractualiser avec le client, résume Frédéric Biard, président de Groupe JAM qui compte aujourd’hui 2 500 portés. Le statut donne aussi accès à la formation que l'on essaie d’encourager. »

 

Qui est concerné ?


« Depuis la réforme récente du statut, à peu près tout le monde est potentiellement concerné, assure Guillaume Cairou. Des jeunes diplômés aux seniors en passant par des mères de familles qui veulent reprendre une activité. On peut y trouver un travail d’appoint comme un moyen de tester une idée d’entreprise. » Et il y a le choix : le portage couvre aujourd’hui plus de 750 métiers, du conseil et de la formation par exemple à l'ingénierie, en passant par beaucoup d’activités de services dans le social, le sport ou la traduction. « On utilise au maximum le périmètre que la loi nous autorise sauf les métiers de la personne et les professions réglementées, précise Frédéric Biard. Il est même souvent possible de commencer avec une mission modeste. Le prix de la prestation fournie est alors ramené à un nombre d’heures de travail qui génère une vraie fiche de paie. »

 

Que dit la loi ?


Si le portage salarial est inscrit dans le Code du travail depuis 2008, nombre de prestataires militaient depuis pour un encadrement supplémentaire. « Depuis le 2 avril 2015, une ordonnance complète et détaillée sécurise enfin le portage salarial », commente Patrick Levy-Waitz, Président du groupe ITG, l’un des leaders sur le marché avec 3 500 portés. L’ordonnance du 2 avril 2015 encadre désormais encore mieux ce statut. « On retrouve dans le portage salarial tous les avantages du salariat sans les inconvénients de l'indépendance. Les portés relèvent ainsi de la solide protection du régime général, et non du RSI. » Et depuis cette année, les prestations des sociétés de portage doivent aussi prévoir une mutuelle et une retraite complémentaires.

 

Portage salarial ou/et statut d’autoentrepreneur ?


Au final, le résumé est simple : les intéressés touchent un pourcentage moins important de leur facture avec le portage salarial qu’avec une facturation en direct via un statut d’autoentrepreneur (50 % de la somme facturée alors que le régime déclaratif du micro-social simplifié comprend un taux forfaitaire réduit entre 13,3 % et 22,9 %). Mais les avantages sont plus importants. « Cependant, il faut savoir qu’un statut n’empêche pas l’autre, précise Jean-Marc Fontaine, directeur général de Portage Group. Le portage salarial intéresse notamment les auto-entrepreneurs en fin d’année qui ne veulent pas dépasser les seuils autorisés par la loi. » Les deux approches restent en effet compatibles. « On peut aussi opter pour le portage salarial pour garder un statut de salarié et rester affilié au régime général et garder son statut d’auto-entrepreneur pour des missions plus modestes. On en revient d’ailleurs au principe de départ de ce statut : apporter un complément de salaire. »

La rédaction