Filières littéraires : des débouchés inattendus

Enseignement, documentation, édition, administration... Vous sortez d'études littéraires et les carrières littéraires traditionnelles vous donnent des boutons ? Pas de panique, sur l'autoroute de la réussite professionnelle, il existe d'autres sorties qui ne sont pas des voies de garage.

« L’ontologie poétique chez Pessoa » : voilà le sujet du mémoire de fin d'études de Macarena Olazabal, aujourd'hui responsable de la gestion de programmes internationaux chez AXA corporate solutions. Elle est titulaire d'un master 2 de philosophie contemporaine. Chercher l'erreur... « Il n'y a aucune erreur, insiste Jean-François Lochet, responsable de la mission Université-entreprises à Paris I, les philosophes qui travaillent dans les ressources humaines ou dans des banques, c'est une réalité ». Macarena Olazabal en est la preuve. Sortie de la première promotion de l'opération Phénix (voir encadré), elle s'épanouit parfaitement dans son travail : « J'étais persuadée que je ne voulais pas passer de concours ou faire de l'enseignement. J'ai pris la bonne décision en intégrant ce programme, car je suis embauchée depuis un an. »

Vers la reconnaissance


Les diplômés qui sortent de filières littéraires ne manquent pas. L'an dernier, ce sont près de la moitié des étudiants inscrits à l'université qui suivaient un cursus de ce type. Un vivier important pour les entreprises, qui commencent tout juste à y voir leur intérêt. « Face à la complexité croissante des défis que doivent relever les équipes au sein de nos entreprises, nous avons décidé d'encourager la pluridisciplinarité, car elle permet d'apporter des solutions et des idées nouvelles », explique Bernard Deforge, associé chez PricewaterhouseCoopers, groupe d'audit à l'origine du projet Phénix (voir encadré). « Nous constatons que les profils littéraires sont très présents dans les organigrammes des grandes sociétés anglo-saxonnes. Pourquoi y aurait-il une exception en France ? »Il y a toujours eu des littéraires dans les entreprises, mais aujourd'hui la tendance se renforce : « Travailler dans une entreprise n'est plus un choix par défaut pour les jeunes diplômés », avance Jean-François Lochet. « Peu à peu, leurs compétences sont reconnues et se monnayent. De ce fait, de plus en plus entrent avec des statuts de cadre. » Un constat que confirme Isabelle Baroillier, conseillère en insertion professionnelle à Paris IV : « C'est assez courant de voir des littéraires de formation accéder à des postes de chargé de mission ou d'audit dans les milieux de la banque et de l'assurance. » Les étudiants qui sortent d'études linguistiques ont aussi leur part du gâteau. « Après un cursus de langues étrangères (LEA), ils trouvent à s'insérer dans des secteurs comme le transport ou le commerce international », remarque Emmanuel Sulzer, chercheur au Centre d'études et de recherches sur les qualifications, à Marseille.

Une route encore longue


Pour autant, la filière littéraire est encore loin d’être sur un pied d’égalité avec les écoles de commerce. Les recruteurs ont du mal à abandonner leurs vieux réflexes et un diplômé d’histoire, de lettre ou d’anglais devra souvent redoubler d’efforts pour faire valoir ses compétences. Pour encore trop de jeunes littéraires, la fin des études c'est le début de la galère… « Le rapprochement de ces dernières années entre l'université et les entreprises ne concerne encore qu'un tout petit nombre d'étudiants », nuance Françoise Krebs, du CIO des enseignements supérieurs. Par conséquent, beaucoup restent au bord de la route. « Un bon nombre trouve des postes de secrétaires, ou encore de vendeurs plus ou moins spécialisés, en librairies ou autres, souligne Emmanuel Sulzer. Ceux qui ne sont pas allés au bout de leurs études galèrent vraiment et font des petits boulots. »

Vos armes : méthodologie et rigueur


Quels atouts faire valoir aux entreprises ? « Tout d'abord, avec un bac +5, les littéraires sortent de formations de haut niveau. Mais surtout, ce sont leurs capacités d'analyse et leur méthodologie très rigoureuse qui sont recherchées dans les entreprises », constate Jean-François Lochet, « Même s'ils viennent d'une autre discipline, les employeurs apprécient leur capacité à mobiliser leur savoir dans des domaines concrets. » Pour Macarena Olazabal, c'est aussi le regard nouveau et moins formaté qu'ils apportent par rapport aux diplômés de filières commerciales qui est primordial. « De toute façon, je pense que c'est sur le terrain qu'on apprend vraiment son métier, lance-t-elle. Les diplômés de filières littéraires ont autant de chance que les autres de s'intégrer dans le monde de l'entreprise. C'est une question d'état d'esprit. »

La rédaction