Jusqu'où peut-on mentir pour décrocher un entretien d'embauche ?

Vous avez déjà dû entendre, “Il ne faut JAMAIS mentir sur son CV”…. Mais dans la réalité, c’est un peu différent. Existe-t-il de bonnes raisons de mentir quand on cherche un emploi ? Quels sont les risques ? Et comment se rattraper après un petit bobard ? Des pros du recrutement en parlent sans langue de bois.

Les “bonnes” raisons de mentir…


Elle préfère parler de « bluff » plutôt que de véritable mensonge. Il n’empêche : pour Laetitia Harcourt, la fin justifie, parfois, les moyens. Notamment, quand il s’agit de lutter contre certains préjugés. « En terrain hostile, un chômeur senior qui cherche du boulot doit s’adapter pour survivre », s’alarme l’auteure d’un Manuel de survie à l’usage des chômeurs seniors. En pratique, elle suggère par exemple de se tromper – un peu - sur sa date de naissance pour augmenter ses chances de décrocher un entretien.
De son côté, Philippe Hemmerlé a déjà été témoin de petits mensonges sur les adresses postales de certains candidats. Il est tentant de s’inventer une domiciliation plus pertinente pour échapper à une discrimination – réelle ou supposée – au code postal. « Pour décrocher un poste, observe le directeur général de CV First, beaucoup de candidats préfèrent laisser entendre qu’ils habitent plus près de l’entreprise convoitée. » Loin de mentir sur leurs compétences, il s’agit là encore, pour les candidats, de booster leurs chances de décrocher un entretien. Quitte à rétablir la vérité ensuite…
"Si vous avez décroché un entretien grâce à quelques artifices, il est vivement recommandé de corriger le tir lors de votre rencontre avec le recruteur."
 

Mentir par omission


Toutes les vérités ne sont pas forcément bonnes à dire, pourquoi ne pas simplement les taire ? « Pour construire un CV efficace à partir de votre historique de carrière, à chaque phrase que vous écrivez, vous devez vous poser la question suivante : “Cette phrase apporte-elle un soutien à mon projet ? ” », analyse le consultant Christian Gury, auteur du livre Les 5 clés pour rebondir et piloter sa carrière. En outre, les infos les plus personnelles ne sont pas forcément les plus pertinentes dans une candidature. Frédéric Benoist, avocat spécialisé dans le droit du travail, rappelle l’article 8 de la Convention européenne des Droits de l’Homme : « toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance… »
Un des petits arrangements courants des candidats avec la vérité, c’est de rester volontairement vagues sur les dates de leurs expériences professionnelles. « En ne mentionnant que les années de début et de fin, ils pensent sans doute gommer quelques mois de chômage, constate Kevin Zarka, consultant au cabinet Hunton-Lewis. Ils croient, peut-être, duper les recruteurs ».
 

Les limites du mensonge


Mais est-ce si facile de tromper un recruteur ? Ils en ont vu d’autres. Odile Couvert cite des exemples de CV pour des postes d’assistante de direction. « C’est un métier que les candidates imaginent souvent réservé à la tranche 30-45 ans, explique la fondatrice du cabinet Amadeo Executive Search. Ainsi, certaines postulantes plus âgées ne précisent pas leur date de naissance et gomment leurs premières années professionnelles. » Bonne idée ? Pas forcément. « C’est une erreur car un recruteur compare toujours la date du diplôme avec la première expérience professionnelle. »
Quant aux arrangements liés aux dates des expériences, ils discréditent beaucoup de candidats. Pour Kevin Zarka, la pratique serait même contre-productive : le consultant préfère voir des périodes de chômage, signe de l’honnêteté et de l’humanité du candidat !
 

Rétablir la vérité en entretien


Quoi qu’il en soit, si vous avez décroché un entretien grâce à quelques artifices, il est vivement recommandé de corriger le tir lors de votre rencontre avec le recruteur. Si vous avez menti sur votre âge, confessez vite une faute de frappe. Ou, mieux, « avouez la vérité sans gêne en assumant pleinement votre “petit” mensonge, poursuit Laetitia Harcourt, et dites votre âge en expliquant pourquoi vous avez eu recours à ce subterfuge. » Dans le meilleur des cas, vous passerez pour un candidat déterminé… mais sincère.
 

Les dangers du mensonge


Un petit mensonge, vite corrigé, peut passer. Plus gros, non. « En matière de bluff et de rédaction de CV, ce qu’il ne faut pas faire, c’est écrire que vous avez obtenu tel ou tel diplôme, alors que c’est faux, avertit Laetitia Harcourt. Vous serez, bien souvent, rapidement démasqué puis viré. »
En effet, dans certains cas, votre employeur peut découvrir la vérité et vous licencier pour faute. En témoigne la mésaventure de ce directeur de l’aéroport de Limoges, embauché après avoir maquillé son CV et démasqué trois mois plus tard. La tromperie sur ses compétences a conduit son employeur… à l’attaquer en justice.

La rédaction