La nouvelle tendance des entretiens d'embauche vidéo différés

Petite révolution en soi, l’entretien vidéo différé pourrait bientôt supplanter le pré-entretien téléphonique. Le point sur ce nouvel outil de recrutement, son fonctionnement et les pièges qu’il pourrait renfermer.

« L’entretien vidéo différé marche très bien dans les pays anglo-saxons où son utilisation est très répandue depuis plusieurs années, comme c’est le cas, par exemple, aux États-Unis », déclare Mickaël Cabrol, fondateur d’EasyRECrue. Si cet outil permet, selon lui, « de gagner beaucoup de temps », il évite également aux candidats de se déplacer. Chantal Legardeur, dirigeante de Baco Interactive, concepteur de Visiojob, l’a bien compris : « S’il ne remplace pas le face-à-face, l’outil se substitue à l’entretien téléphonique de présélection des candidats. »
 

Une solution adaptée à tous les candidats


Une solution qui séduit de plus en plus d’entreprises de tous secteurs, comme l’illustre Mickaël Cabrol : « Elles l’utilisent pour embaucher des profils variés. Axa, pour recruter des développeurs informatique ; KFC, pour des directeurs de magasin et des équipiers ; Total, pour des foreurs sur plateforme ; la Fnac, pour des cadres en back office. » Chez Hudson, « nous l’utilisons de plus en plus sur des postes où il faut évaluer le potentiel des candidats, comme les commerciaux ou les gestionnaires de patrimoine », précise Frédéric Schwenck, directeur de solutions de recrutement du groupe.
"Si en entretien téléphonique, un candidat peut facilement noyer le poisson lorsqu’une question poste problème, ici l’image ne le permet pas." 

Un PC et une connexion suffisent


Le principe de fonctionnement est relativement simple. Côté matériel, « il suffit de disposer d’un ordinateur équipé d’une webcam et d’une connexion Internet pour y participer », précise Chantal Legardeur. « Le recruteur paramètre les questions qu’il souhaite poser et le temps dont dispose le candidat pour y répondre. Une fois que le questionnaire est prêt, un lien est envoyé aux candidats, développe Mickaël Cabrol. Ils disposent de trente secondes pour lire chaque question ; ensuite la caméra s’allume automatiquement et l’enregistrement de la vidéo démarre. » Des différences subsistent néanmoins entre les solutions. Chez Visiojob, « c’est le candidat qui stoppe la vidéo une fois qu’il a terminé de répondre, explique Chantal Legardeur ». Quelle que soit la solution, une petite vidéo explicative sur le déroulement et le fonctionnement de l’outil précède généralement le démarrage de l’enregistrement.
 

La forme de l’entretien change, pas le fond


Les questions sont les mêmes que celles posées traditionnellement pendant l’entretien téléphonique : « Nous ne préparons pas plus de cinq ou six questions ouvertes car cela ne doit pas être trop long pour éviter de lasser le candidat, précise Frédéric Schwenck. Nous l’interrogeons sur les raisons de sa candidature, sa motivation, l’adéquation de son parcours avec l’emploi. »
Contrairement à l’entretien téléphonique, l’avantage majeur de cet outil est que « le candidat peut passer l’entretien quand il est disponible », estime Mickaël Cabrol. D’autant que « lorsqu’on appelle un candidat, celui-ci peut être en poste, dans les transports en commun ou dans la rue, et il n’ose pas toujours dire qu’on le dérange », note Frédéric Schwenck.
 

Se mettre dans de bonnes conditions


L’exercice reste néanmoins une étape du processus de recrutement. « Ce n’est pas un jeu, rappelle Chantal Legardeur. Il faut se mettre dans les conditions d’un entretien physique. » Ainsi, « il est essentiel de prévenir son entourage que l’on passe un entretien et de s’enfermer dans une pièce, au calme », suggère Frédéric Schwenck. Et puis, ce n’est pas parce que le candidat est chez lui, qu’il ne doit pas soigner sa présentation : « On s’habille bien, on coupe le téléphone et on regarde la webcam lorsqu’on répond aux questions », résume Mickaël Cabrol.
Si lors d’un entretien téléphonique, « un candidat peut facilement noyer le poisson lorsqu’une question poste problème, ici l’image ne le permet pas », complète Mickaël Cabrol. Il est donc indispensable de bien se préparer. « Le candidat n’a pas de joker et ne peut pas effacer sa réponse ; il doit donc prendre les secondes dont il dispose pour bien réfléchir à la réponse qu’il va formuler », conseille Frédéric Schwenck. « C’est un outil bien plus sélectif que l’entretien téléphonique ; grâce à l’image et aux attitudes du candidat, le recruteur est en mesure d’identifier plus vite si celui-ci correspond au poste ou pas », conclut Chantal Legardeur. 

La rédaction