Le téléphone a-t-il encore un intérêt pour les chercheurs d'emploi ?

De peur de déranger les recruteurs ou parce qu’ils ont l’impression que cela ne sert à rien, les candidats délaissent le téléphone. À tort ?

« Ce n'est pas que l'on n'a pas envie d'être dérangé, mais juste que l'on ne peut pas être sur tous les fronts à la fois. » Mourad Bouziane, directeur des ressources humaines du groupe Heppner spécialisé dans le transport et la logistique, préfère être honnête, il n’a généralement pas le temps de répondre aux candidats. « Aujourd'hui le temps du recruteur est davantage consacré à l'analyse des candidatures », témoigne-t-il. Cela ne l’empêche pas de parler à certains candidats, mais plus tard.

"Je comprends que l'on puisse avoir une certaine résistance voire un petit malaise à téléphoner. Ce n’est pas naturel pour un candidat de se vendre, mais il ne doit pas hésiter à le faire." 

Candidats et recruteurs délaissent le téléphone


En 2010 le Washington Post titrait déjà La génération textos ne partage pas le goût des baby-boomers pour la parole. Aujourd’hui, cette réflexion semble partagée par bien des recruteurs en France. « Il n’y a pas que les candidats qui s’interrogent sur l’utilité du téléphone, confie Willem Rodier, responsable du recrutement chez Aramis Auto. Nous utilisons aussi beaucoup le téléphone pour contacter certains candidats mais nous constatons nous aussi un pourcentage assez faible de réponses. » Pour autant, le téléphone pourrait être utile autrement. « Nous nous interrogeons sur des usages différents et nous commençons à tester la relance par SMS par exemple. » À l’inverse, et preuve que les temps changent, ce recruteur confie qu’il n’est pas choqué de recevoir des textos de candidats.

Yves Maire du Poset n’est guère surpris. « Ce qui marque le recrutement actuellement, c'est la mécanisation du processus », observe ce spécialiste de l’outplacement, directeur du cabinet Piloter ma carrière. « Je suis en lien avec les recruteurs et je connais leurs attentes et leurs contraintes horaires. Beaucoup, au lieu d'avoir des entretiens en face-à-face, préfèrent dans un premier temps, éviter de parler aux candidats en direct. »

 

Appeler moins… mais mieux


Mais de là à conclure que l’appel téléphonique ne sert plus à rien, il y a un pas que beaucoup refusent de franchir. « Bien sûr qu'on peut déranger un recruteur !, sourit Mohamed Achahbar, expert en recrutement chez Link Humans. C’est son métier de recruter et il ne va pas refuser de s’entretenir avec un profil qualifié. Je comprends que l'on puisse avoir une certaine résistance voire un petit malaise à téléphoner. Ce n’est pas naturel pour un candidat de se vendre, mais il ne doit pas hésiter à le faire. »

En même temps, ce spécialiste reconnaît qu’un appel se prépare. « Les candidats se retrouvent un peu en situation de prospection et les recruteurs sont souvent pressés. Ce qui a changé aujourd’hui, c’est la durée des conversations téléphoniques. Le candidat doit donc accrocher son interlocuteur et transmettre son message en moins d'une minute. »

Corinne Moret abonde elle aussi dans ce sens. « J’ai justement conseillé à une candidate de téléphoner hier. C’est parce que les candidats appellent moins que cela se tente, observe cette coach en recherche d’emploi. Bien sûr que les recruteurs peuvent se sentir submergés, mais c’est une façon de montrer que l’on est motivé. » Pas besoin de s’éterniser au bout du fil. « Je recommande deux appels : l’un pour s'assurer que sa candidature a été bien reçue et un autre, si l’on n’a pas de nouvelles, pour savoir si le processus de sélection est toujours en cours. L’essentiel est juste d’être poli, souriant et bref lors de sa prise de parole. »

 

Le contact humain à l’épreuve des robots


La baisse des échanges téléphoniques est-elle irrévocable ? Pas forcément. Yves Maire du Poset veut ainsi croire qu’un contact humain, bref et chaleureux, reste plus agréable pour le recruteur et, pour le candidat, la meilleure façon d’imprimer sa marque est de rester dans la course. Si on relance, il ne faut juste ne pas être dans le reproche, sourit-il. Juste rappeler que l’on a des compétences à faire valoir et que l’on est motivé… ».

De la même manière, Mohamed Achahbar ne croit pas à la fin de la parole en "vrai", même quand il voit se développer l’usage des chatbots, ces logiciels capables de répondre quasi instantanément aux questions des candidats et de simuler une conversation humaine. « Certains robots sont beaucoup plus amicaux que certains recruteurs qui ne savent pas toujours bien parler ou répondre. Mais, au fond, est-ce que c’est ce que recherchent les candidats ? » Autrement dit : si on osait à nouveau se parler ?

 

La rédaction