Les assurances chômage privées : comment ça marche ?

En période de crise, de plus en plus de salariés sont tentés par une assurance privée pour se protéger davantage en cas de chômage. Tour d’horizon de tout ce qu’il faut savoir avant de se lancer.

C’est son banquier qui lui en a parlé la première fois. « Lorsque j’ai contracté un prêt pour acheter mon appartement en 2007, mon conseiller m’a proposé de prendre une assurance perte d’emploi pour couvrir mes mensualités en cas de chômage, se souvient Nicolas Marie. Au détour de la conversation, il m’a expliqué qu’il existait aussi d’autres assurances pour compléter mes allocations en cas de perte d’emploi. » Ce salarié dans l’automobile a été tenté. Malgré son CDI, il imagine aisément, avant même la crise, que son poste ne sera peut-être pas éternel. « Avec un salaire de 2 800 euros net et des mensualités de 900 euros à rembourser, je savais que ce serait tendu en cas de chômage. Alors j’ai réalisé une petite étude de marché. »
"Il faut généralement être en CDI et avoir cotisé au moins un an pour être couvert. Elles ne s’appliquent que pendant un temps limité."

Les différents types de contrats


« Il existe deux familles de produits, confirme Clémentine Gilles, courtière indépendante en assurances.  L’assurance chômage prêt immobilier, liée à la souscription d’un prêt, permet de couvrir tout ou partie des mensualités de remboursement du prêt immobilier en cas de perte d’emploi. Son coût annuel est calculé sur le montant du capital emprunté ou sur le montant des mensualités. L’assurance perte d’emploi est une assurance privée, calculée en fonction du salaire, qui permet de compenser les baisses de revenus en période de chômage et que l’on peut prendre n’importe quand en CDI. »
 

Des conditions d’indemnisation variables


En temps de crise, l’idée est séduisante. Dès 2009, la société Étoiles Finances observait une augmentation du nombre de souscriptions de l’ordre de 400 % ! Alors pourquoi s’en priver ? « Les assurances perte d’emploi comportent toutefois quelques limites, relativise notre experte. Il faut généralement être en CDI et avoir cotisé au moins un an pour être couvert. Elles ne s’appliquent que pendant un temps limité. Et surtout, elles comportent parfois des périodes de carence. »
« Certaines personnes réunissent toutes les conditions pour retrouver rapidement un nouvel emploi, or les assurances perte d’emploi comportent toutes une franchise pouvant aller jusqu'à 180 jours, prévient le site ComprendreChoisir.com. Ce qui signifie que l’assureur ne paiera les mensualités du prêt qu’au bout de six mois sans emploi. » Autrement dit, si un souscripteur retrouve un poste dans les six mois, il aura cotisé pour rien.
 

Des contrats parfois de plus en plus chers


Et si on observe une augmentation du nombre de souscriptions, c’est aussi le cas du nombre de sinistres, d’où une certaine inflation des droits d’entrée. C’est ce qui s’est passé chez CAMEIC, premier organisme d’assurance à proposer en 1997 un produit d’assurance complémentaire aux allocations chômage. « Le contexte économique que nous connaissons depuis quelques années a malheureusement des conséquences sur le nécessaire équilibre technique de cette assurance », a dû reconnaître le directeur général Bruno Périssé. Animée par un principe mutualiste, la société a été contrainte d’augmenter le montant des cotisations annuelles et d’exclure la rupture conventionnelle des cas d’indemnisation. En même temps, les contrats proposés permettent, dès deux ans de cotisation, de toucher pendant un an jusqu’à 20 % de son salaire brut en plus de son allocation chômage. Pour certains la tranquillité n’a pas de prix.
 
Témoignages : pour ou contre une assurance privée ?
 
CONTRE, Sonia, 42 ans, iconographe dans une société d’édition, a été rebutée par certaines limites des contrats proposés. « Le principe était tentant mais, en y regardant de plus près, j’ai trouvé cela cher pour ce que c’était. Plusieurs choses m’ont gêné. Par exemple, un des contrats calculait le montant de l’indemnisation à la baisse en cas de congé maternité dans l’année précédant le licenciement. Un autre n’était absolument pas avantageux en cas de chômage partiel. Les périodes de carence étaient trop longues, souvent. Quand on espère retrouver du travail vite, cela n’a aucun intérêt. J’aurais été tentée d’attendre les premières allocations pour rechercher du travail et j’aurais perdu du temps. »
 
POUR, Cécile, 41 ans, rédactrice dans une agence de publicité, a été soulagée de toucher un complément pendant sa période de chômage. « Quand un cost killer a débarqué dans ma boîte, j’ai senti qu’il y aurait des licenciements. J’ai vite pris une assurance privée pour me protéger et, dix-huit mois plus tard, j’ai été bien heureuse de la toucher. Cela m’a permis d’envisager plus sereinement mon futur licenciement. Et en plus, j’ai pu prétendre à 350 euros en plus de mes allocations pendant un an. »

La rédaction