Les groupements d'employeurs : des opportunités d'embauche méconnues

Créés dans les années 1980, les groupements d’employeurs restent encore mal connus des candidats. En permettant de travailler pour plusieurs entreprises d’un territoire avec un CDI unique, ils offrent pourtant une flexibilité sécurisée.

Comment cela marche ? « Un groupement d’employeurs est d’abord une entité, résume Bertrand Biechy, directeur du Groupement d'Employeurs Geyvo Île-de-France. Dans notre cas, ce sont des entreprises, mais il peut aussi s’agir d’exploitations agricoles ou d’associations qui se mettent ensemble dans le but très précis de mutualiser du personnel. » Deux motivations principales sont avancées. « Soit elles n’affichent qu’une activité saisonnière, soit leur taille ne leur permet pas de créer certains postes à temps plein. » Sur son site, ce groupement d'employeurs des Yvelines et du Val d’Oise recherche par exemple des téléprospecteurs B2B, des assistants commerciaux et administratifs ou des managers Qualité Sécurité Environnement. « Nous sommes un groupement d'employeurs généraliste et nous proposons plutôt des postes pour des fonctions support, poursuit cet employeur de 25 salariés. Ils sont pour l’essentiel en CDI avec un salaire fixe garanti, mais qui peut augmenter selon les entreprises qui les sollicitent. Dans des secteurs, comme la technologie par exemple, qui payent mieux, nous nous alignons sur les salaires pratiqués dans la branche. C’est une sécurité pour le salarié car c’est toujours à nous de lui trouver une mission et pas l’inverse. »

"Arrêtons d'aller chercher à l'étranger de nouveaux modèles de travail, alors que des solutions existent déjà pour allier les impératifs de compétitivité des entreprises et le besoin de sécurité des salariés."

 

Ni temps partiel, ni intérim, ni portage salarial…


Pour illustrer leur philosophie, Franck Delalande, directeur du groupement d'employeurs Vénétis, cite volontiers… tout ce qu’ils ne sont pas. Ils proposent ainsi rarement du temps partiel. « Le GE emploie le plus souvent à temps plein, explique l’auteur du guide Groupements d'employeurs, mode d’emploi. Il peut ainsi répondre aux besoins de ses entreprises adhérentes. Un salarié peut travailler deux jours chez l’un, trois chez l’autre. Ou bien l’hiver chez l’un, l’été chez l’autre, mais il sera toujours employé à temps plein. Ce n’est donc pas de l’intérim non plus car le contrat de travail ne s’arrête pas à la fin d’une mission ». De même, inutile de confondre ces profils avec des consultants. « Un consultant est par définition extérieur à l’entreprise. Les salariés d’un GE sont, pour leur part, assimilés au personnel des entreprises pour lesquelles ils travaillent. » Enfin, contrairement à une société de portage salarial, « un GE accompagne ses adhérents et ses salariés dans la durée ». Ici, l’employeur unique trouve les missions et règle pour son salarié les éventuelles difficultés rencontrées.

 

Un potentiel méconnu de tous


Nés dans le domaine agricole, où les exploitants se prêtaient fréquemment leur personnel entre voisins au moment des pics d’activité, les groupements d’employeurs ont été formellement institués par la loi en 1985. Selon le Centre de ressources pour les groupements d’employeurs, il y a environ 6 000 GE en France, dont 5 000 dans l’agriculture, soit 40 000 emplois et 100 000 structures utilisatrices. Cependant, les groupements d’employeurs restent encore mal connus des candidats, voire de certaines petites entreprises en quête de compétences. « C’est dommage car tout le monde peut y gagner, observe Christelle Nadaud, directrice chez GE 16 Emploi. C’est une façon intelligente de co-construire l’emploi. Une entreprise peut ainsi participer à la formation d’un collaborateur en espérant le refaire travailler et le salarié peut s’enrichir de nouvelles expériences, voire quitter le groupement, à terme, pour intégrer à temps complet et signer un contrat de travail avec l’une des entreprises partenaires. » « Arrêtons d'opposer flexibilité et  sécurité, déplore Franck Delalande. Arrêtons d'aller chercher à l'étranger de nouveau modèle de travail de société, alors que des solutions existent déjà, sous nos yeux, pour allier les impératifs de compétitivité des entreprises et le besoin de sécurité des salariés. »

 

Avec certaines compétences requises


Pour candidater, il faut s’adresser directement auprès des GE de sa région. Mais n’est pas forcément embauché qui veut. « On intègre notre groupement en commençant par un CDD », explique Christelle Nadaud. Le candidat est ainsi testé dans une première entreprise à la fois sur ses compétences techniques mais surtout comportementales. « Entre un groupe et une TPE, les environnements, les conditions de travail et les contraintes peuvent changer et il faut être capable de s’adapter et d’y trouver son équilibre. Outre la mobilité géographique, il faut une vraie intelligence situationnelle. » En même temps, les salariés qui apprécient cette mobilité et la multiplicité des expériences sont protégés. « Ils restent salariés du groupement. Si jamais il y a une dérive ou des demandes qui ne correspondent pas à leurs compétences, ils peuvent tout de suite nous faire remonter l’information et nous gérons. »

La rédaction