Lettre de motivation : comment les recruteurs la lisent-ils ?

D’accord, le CV est bien plus important que la lettre de motivation, mais la négliger, c’est donner moins de chance à votre candidature de se démarquer. Et surtout, mal tournée, elle peut être un obstacle à l’embauche. Six recruteurs vous disent tout sur le véritable poids d’une lettre de motivation.

Quand la lettre de motivation est-elle lue ?


À l’heure des candidatures par internet, la lettre de motivation est-elle encore utile aux yeux des recruteurs ? « Oui, estime Fabien Stut, directeur régional du cabinet Hays. Mais elle a perdu un peu de son sens. Avant, on lisait la lettre de motivation puis éventuellement le CV. Aujourd’hui, c’est l’inverse. On ne la regarde plus que par curiosité. » Responsable du recrutement pour le groupe GFI informatique, Isabelle Néri ne les regarde pas systématiquement. « Je les lis de temps en temps, souvent avant de recevoir les candidats en entretien pour mieux comprendre qui je vais rencontrer ».
À l’inverse, Béatrice de Crouy-Chanel, chargée de communication recrutement chez LCL, les lit systématiquement une fois qu’elle a opéré sa première sélection sur CV. « Ça permet de valider, ou non, le premier choix », explique-t-elle. Les cabinets de recrutement s’intéressent davantage au CV. Ce qui n’empêche pas Valérie Sablé, directrice associée du cabinet Robert Half « d’ouvrir à chaque fois la lettre de motivation afin d’affiner la candidature ».

L’envoi d’un CV sans lettre de motivation


Et que se passe-t-il quand un candidat n’envoie que son CV. Il n’y a pas de réponse unique. Réjane Évrard, chef de service dans un centre d’ingénierie nucléaire d’EDF pour lequel elle embauche des ingénieurs, va « quand même regarder le CV » si celui-ci n’est pas accompagné d’une lettre de motivation. « Celle-ci apporte un plus indéniable. Mais comme nos postes à pourvoir sont foncièrement techniques, je m’intéresse surtout à la formation et aux expériences. »
Pour certains métiers de la banque, la lettre de motivation est vivement recommandée. « S’il n’y en a pas, je peux la réclamer », affirme Béatrice de Crouy-Chanel. Fabien Stut considère, quant à lui, qu’elle n’est pas indispensable, d’autant plus qu’avec la multiplication des sites web offrant des lettres-type, la plupart des missives qu’il reçoit se ressemblent toutes. Il apporte toutefois un bémol « quand le parcours ne parle pas de lui-même ». Notamment pour les jeunes diplômés et les juniors. Pour ces profils, la lettre de motivation retrouve en effet sa raison d’être car elle permet « d’argumenter le parcours et le projet professionnel en ciblant le poste visé », signale Juliette Lajouanie, consultante en recrutement des cadres à la SNCF.

Les cas où elle est déterminante


Tout dépend le secteur et le niveau de concurrence sur le marché de l’emploi. Dans la filière informatique, frappée par une pénurie récurrente de professionnels, « on ne se paye pas vraiment le luxe d’écrémer les candidatures », admet Isabelle Néri. À moins d’un texte loufoque ou bourré d’« énormes fautes d’orthographe », elle ne considère pas la lettre de motivation comme un critère déterminant.
En revanche, sur des postes où la concurrence est rude, lorsque les recruteurs reçoivent pléthore de candidatures « les lettres sont regardées plus attentivement », témoigne Fabien Stut. Sa consoeur Valérie Sablé considère qu’elles peuvent « apporter un vrai plus si elle tape dans l’œil de celui qui la lit ». Dans le doute, mieux vaut donc soigner sa missive. « Un candidat ne sait pas d’avance à quel recruteur il va avoir affaire », rappelle Isabelle Néri.

Ce que les recruteurs cherchent dans une lettre de motivation


Pour Réjane Évrard, « la lettre de motivation doit mettre en avant le parcours du candidat, ses compétences et son adéquation avec le poste. » Pour autant, « il ne faut pas écrire ce qu’on pense que le recruteur voudrait lire. Il vaut mieux être sincère », précise-t-elle. Juliette Lajouanie attend, elle aussi, de l’authenticité. « La lettre doit être personnalisée et expliquer pourquoi le candidat choisit notre entreprise en montrant qu’il s’est renseigné sur nos métiers et nos spécificités ».
A contrario, ils subsistent des éléments que les recruteurs ne souhaitent pas retrouver dans les lettres de motivation. Selon les postes, les fautes d’orthographe sont plus ou moins rédhibitoires. Pour cet aspect, les recruteurs seront plus tolérants avec un informaticien qu’avec un communiquant. Les professionnels RH n’apprécient pas non plus les stéréotypes. « Les phrases comme "votre entreprise est leader sur son marché", c’est lu et relu », souligne Isabelle Néri. « Ces formules toutes faites n’apportent rien. Elles sont vraiment à proscrire », conclut Béatrice de Crouy Chanel.

La rédaction