Mis au placard : comment en sortir ?

Les symptômes de la mise au placard sont multiples : isolement, travail de plus en plus rare, voire du harcèlement…Cette situation n’a rien d’agréable, mais ce n’est pas une fatalité. Nos experts proposent cinq solutions pour réagir.

1 Interroger son n+1


Ça ne sent pas bon. Vous avez l’impression qu’on vous cache des choses, que l’on chuchote dans votre dos ou que certaines missions vous sont retirées sans raison ? « On peut subir des changements violents, observe Véronique Shayari, consultante du cabinet Jacéa RH. Soudain on vous évite, on n’est plus convié à certaines réunions. On peut aussi perdre son téléphone ou ses notes de frais. » Mais attention : la paranoïa est mauvaise conseillère. Dès qu’un salarié a des doutes, la coach lui conseille d’échanger de toute urgence avec son n+1, sans s’alarmer, pour clarifier la situation. « Ces signes doivent alerter le salarié, concède-t-elle. En même temps, il peut s’agir, aussi, d’une restructuration dont on n’ose pas vous parler ou d’une crise passagère dans l’entreprise où vous n’êtes pas visé en particulier… » Autrement dit : parfois, c’est un malentendu qui peut être vite dissipé grâce à une conversation.
Quand on est en retrait, on est moins sollicité. C’est parfois le début d’un engrenage et il faut se remettre dans la vague avant qu’il ne soit trop tard.
 

2 Profiter de l’entretien annuel d’évaluation


Malheureusement, ce n’est pas toujours qu’une impression…« Si le placard n’est jamais clairement annoncé, il existe des clignotants sérieux », confirme Orlandino Ferreira, consultant associé chez LGP Conseil. Concrètement, un salarié qui perd certaines responsabilités, sans explication légitime, doit vite s’alarmer. « Si un salarié n’encadre soudain plus personne, par exemple, il doit agir plutôt que subir. » Cet expert rappelle notamment que la législation prévoit un entretien professionnel tous les deux ans destiné à analyser et accompagner l’évolution de carrière des salariés. « Souvent il est fondu avec l’entretien annuel d’évaluation, mais cette entrevue permet de faire état de la situation. »
 

3 Prendre un coach


Parce que ce n’est pas toujours de la faute des autres et, parfois, il suffit juste de se remettre en question. « Il y a des placards très différents dans l’entreprise, résume Yves Maire du Poset, Président du cabinet Piloter ma carrière. Et notamment, des placards où l’on s’enferme soi-même. » Ce consultant compare le placard à un désamour progressif entre un salarié et sa direction. « Or le premier signe vient parfois du salarié lui-même. Dans ma carrière, j’ai connu ces moments de creux. Quand on est en retrait, on est moins sollicité. C’est parfois le début d’un engrenage et il faut se remettre dans la vague avant qu’il ne soit trop tard. » Pour se sortir de son enfermement, il engage le salarié à donner un signe fort à son manager, en se montrant proactif sur un dossier en cours par exemple. « Mais si cela ne suffit pas, il peut être utile de faire appel à un coach pour analyser la situation et s’en sortir. Voire envisager une nouvelle orientation professionnelle. »
 

4 Négocier une mutation en interne


Mais le placard est parfois plus insidieux. « Le placard, c’est aussi quand un manager juge qu’il n’a plus besoin de vous et vous pousse doucement vers la porte », analyse Christian Gury, conseiller en ressources humaines et auteur du livre Les 5 clés pour réussir SES carrières. « Si par exemple vous êtes constamment dénigré par votre manager, il faut d’abord vérifier, auprès de vos collègues, que ce n’est pas qu’une impression. » Et si les symptômes persistent, il devient urgent d’agir. « On peut essayer d’en parler à son manager, et s’il ne change pas, il faut alerter la direction générale par écrit et négocier, si besoin, une mutation en interne. »
 

5 Aller en justice


Restent enfin les cas les plus extrêmes, où l’entreprise cautionne la “placardisation” de l’employé. « Un jour, après être rentré d’un salon, j’ai été déménagé, seul, au fond d’un couloir », témoigne Loïc Scoarnec, ancien cadre dans la banque, aujourd’hui président de l’association Harcèlement Moral Stop. Le salarié, alors représentant syndical, sent qu’on veut le pousser à bout. « Peu à peu, j’ai compris que mes collègues de l’étage avaient interdiction de me parler. Les logiciels de mon ordinateur n’étaient pas mis à jour et mon imprimante jamais réparée. Je ne pouvais plus travailler. D’ailleurs, on ne me donnait plus aucune mission ! » Il refuse de démissionner, consulte un avocat et rappelle à sa direction qu’un employeur doit fournir le travail convenu à un salarié. « J’ai passé sept ans au placard avant de réussir une belle négociation de départ. C’est difficile mais possible. Dans les cas les plus extrêmes, il faut faire respecter la loi. »  

La rédaction