Pourquoi les processus de recrutement durent-ils si longtemps ?

Des semaines sans nouvelle d’un recruteur que vous avez eu au téléphone ou rencontré, vous imaginez donc les pires scénarios et ça vous ronge. Pour vous aider à gérer cette attente, 4 professionnels lèvent le voile sur les coulisses d’un processus de recrutement.

Jusqu’à 10 étapes pour un recrutement


Que ce soit en entreprise ou en cabinet de recrutement, les processus d’embauche sont ponctués par plusieurs étapes-clé. La dirigeante du cabinet de conseil NP Consultants, Nathalie Puel, en identifie une petite dizaine. « La réception de la demande du client, la prise de contact avec le N+1 pour définir la fiche de poste, la rédaction du cahier des charges et sa validation par le client, la diffusion de l’offre d’emploi, le tri des candidatures, la transmission des meilleurs dossiers au client, la pré-qualification téléphonique avec les candidats sélectionnés, les entretiens d’embauche, l’envoi de notre synthèse au client, la convocation des candidats retenus par le client et la prise de décision. »
 
Dans les cabinets de recrutement, entre 12 et 20 semaines peuvent donc s’écouler entre le moment où l’offre d’emploi est diffusée et celui où le client final prend sa décision. Un laps de temps à peine plus court lorsque l’entreprise effectue elle-même ses recrutements. « En moyenne, nous formulons une proposition de poste dans un délai de deux à trois mois à partir du moment où nous recevons des candidatures », témoigne Elise Tricon-Yvray, responsable du développement RH chez ING Direct.
 
Sans surprise, le contexte économique impacte défavorablement la durée des processus. « Le nombre de candidatures que nous recevons par poste augmente. De fait, la phase de sélection des CV est plus longue », précise Elise Tricon-Yvray, qui reçoit plus de 100 candidatures par offre d’emploi publiée.
 

La peur du mauvais recrutement hante les entreprises en temps de crise


Si les processus de recrutement traînent en longueur, c’est également parce que les recruteurs, désormais engagés dans une logique de maîtrise des coûts, ne se contentent plus de recevoir les candidats à l’occasion d’une seule entrevue. « Vu l’impact qu’un mauvais recrutement peut avoir sur une entreprise, ils cherchent à avoir des regards croisés sur les profils qui les intéressent », constate Nathalie Puel.
 
Dans la filière de la santé par exemple, il n’est pas rare qu’un cadre confirmé se présente à six voire huit entretiens différents pour un CDI. « Il y a un an, un manager de la filière de la banque ou des assurances était reçu à trois entretiens tout au plus. Maintenant, il peut être amené à en passer cinq voire six », constate Coralie Foucher, manager régional de la division banque & assurance du cabinet Hays.
 
Les candidats ne rencontrent pas plus d’interlocuteurs pour autant. Depuis plusieurs années, les chargés de clientèle postulant chez ING Direct sont accueillis par le même nombre d’interlocuteurs : un responsable de recrutement, leur futur N+1 et le responsable du service qu’ils souhaitent intégrer. En revanche, les échanges entre les acteurs de l’entreprise se multiplient. « Un recrutement génère plus de discussions et de coopérations en interne, confirme Coralie Foucher. Toutes les sphères veulent désormais valider les profils. Les dirigeants participent par exemple aux recrutements de certains cadres haut placés, ce qui n’était pas le cas en période de plein emploi. »
 

Votre entretien va-t-il traîner en longueur ?


Pour savoir si le processus de recrutement auquel vous participez risque de s’éterniser, renseignez-vous sur le contexte du poste à pourvoir. « Lorsqu’une entreprise cherche un profil en vue d’un poste qu’elle s’apprête à créer, elle mettra vraisemblablement plus de temps à se décider que s’il s’agit d’un simple remplacement », confie la dirigeante du cabinet NP Consultants.
 
Gardez également en tête que ce sont généralement les recruteurs des grands groupes qui mettent le plus de temps à entériner leur décision. Et pour cause : leurs organisations sont plus complexes et les embauches font intervenir de multiples interlocuteurs. Dans ces sociétés, le contrôle des références et le recours aux tests de personnalité sont également plus systématiques. L’ouverture des opportunités à la mobilité interne peut, elle aussi, allonger les procédures de recrutement dans les entreprises de grande taille.
 

Des exceptions qui confirment la règle du recrutement ?


Il y a toutefois des exceptions. Telle l’enseigne de bricolage Bricoman s’est engagée, à travers une charte de recrutement, à répondre aux candidats sous un délai de deux semaines à compter du jour de réception de leurs candidatures. « Nous tentons d’être réactifs dans la mesure où nous savons que les meilleurs profils partent en premier », explique Valérie Benhaim, responsable régional des ressources humaines en Île-de-France. Avant de conclure : « Il n’est pas rare que les conseillers de vente ou les responsables de rayons intègrent les équipes en poste une semaine seulement après avoir envoyé leurs candidatures. »

La rédaction