Propos sexistes au travail : comment réagir ?

80 % des salariées considèrent que, dans le monde du travail, elles sont régulièrement confrontées à des attitudes ou des décisions sexistes. Petit manuel pour réagir au mieux à des propos sexistes.

"Ma petite, allez me chercher un café", "t’as tes règles ou quoi ?", "vivement le retour de l’été que vous remettiez vos belles petites robes", "ma pauvre fille, tu ne vois vraiment pas plus loin que le bout de ton nez… ". N’en jetez plus ! Si on résume, des propos sexistes sont des propos humiliants, dégradants, blessants, etc. proférés à l’encontre des femmes. À l’occasion de la loi du 17 août 2015 relative au dialogue social et à l’emploi, ce que l’on appelle le sexisme ordinaire a fait l’objet d’une disposition spécifique dans le code du travail portant sur l’interdiction de  « tout agissement sexiste ». La loi travail du 8 août 2016 a renforcé ces dispositions. Les personnes victimes de propos et/ou agissements sexistes ont donc désormais le droit pour elle. Mais avant de dégainer l’artillerie lourde, voici quelques conseils pour réagir de manière individuelle à ce genre d’attaque.
 
Il vous dit "je pourrais même choisir une femme pour monter ce projet". Répondez, "ah bon même une femme. Qu’est-ce que ça veut dire pour toi même une femme ?".
 

Dans une organisation aux lignes hiérarchiques sont fortes


Impossible de renvoyer votre agresseur dans ses 22 sur le moment, surtout s’il s’agit de votre manager. « Lui-même n’ayant sans doute pas conscience du caractère sexiste de ses propos ne comprendrait pas que vous vous énerviez après lui. Pire, il pourrait y avoir un retour de flamme. Une réaction à chaud sous le coup de la colère risquerait même de mettre en péril votre poste », prévient Brigitte Grésy, secrétaire générale du conseil supérieur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. Évitez donc à tout prix de lui mettre une raclée verbale en le mettant en cause directement. Laissez passer l’orage, surtout si les propos sont tenus lors d’une réunion collective, et sollicitez un entretien individuel. « Sans agressivité, montrez-lui que ses propos vous ont touché en employant le "je" et recadrez le débat sur le plan professionnel », recommande-t-elle.
 

Quand c’est l’habitude d’un de vos collègues


Dans ce cas, public ou pas public, pas question de vous laisser humilier. « Se mettre en colère ou répondre vertement ne fonctionne pas. Il faut au contraire répliquer sur un ton neutre et professionnel en utilisant le questionnement », suggère Sandrine Meyfret, executive coach et directrice générale du cabinet Alomey. Illustration : il vous dit "je pourrais même choisir une femme pour monter ce projet". Répondez, "ah bon même une femme. Qu’est-ce que ça veut dire pour toi même une femme ?". Ou encore "Ah, tu es enceinte ! Je te croyais plus motivée que ça… ", pourquoi ne pas formuler une réponse du genre : "et toi quand tu as eu ton première enfant, t’es-tu posé la question de ta motivation ?". Enfin une parade utilisée par cette coach quand on lui demandait d’aller préparer du café.  "Je ne sais pas faire le café, je n’ai jamais appris. Il y a sans doute autour de cette table quelqu’un de bien plus avisé que moi pour faire un excellent café ". « Je vous assure que plus jamais on ne m’a demandé d’aller préparer le café », se souvient-elle.
 

Quand vous êtes témoin de propos sexistes


Là encore, hors de question de laisser filer sans rien dire. Mais selon la situation, vous pourrez, ou pas, réagir immédiatement. « En comité de direction, l’un de mes supérieurs a traité mon assistante de longues jambes. J’ai donc lancé « son prénom, au cas où vous l’auriez oublié est …. J’aimerais donc que tout le monde l’appelle par son prénom », raconte volontiers Sandrine Meyfret. « Ce n’est jamais impunément que l’on assiste à du sexisme passif. Si on laisse faire, on est mal. Mais comme pour les victimes, je conseille aux témoins de ne pas nécessairement réagir à chaud. Surtout si l’entreprise est très hiérarchisée. Dans ce cas, revenez sur le sujet plus tard en actant le fait que vous vivez très mal les propos, ou que vous ne comprenez pas ce genre d’humiliation et que du coup, cela met à mal la relation professionnelle que vous entretenez avec lui », conseille Brigitte Grésy également auteur de Petit traité contre le sexisme ordinaire (Albin Michel, 2008) et en préparation d’un nouvel ouvrage sur le sujet à paraître en février 2017.
 

L'humour est-il le meilleur réflexe ?


Dans les entreprises très pyramidales et/ou très en retard sur le thème de la parité, pas sûr que jouer la carte de l’humour soit judicieux. Dans celles où l’égalité femmes-hommes est en marche (ou réelle), pourquoi pas. « En fait, on peut faire de l’humour si on ne se sent pas profondément blessée. Sinon, c’est impossible », insiste Brigitte Grésy. Le club du Label Égalité et le cabinet Arborus ont pris le parti de l’humour en lançant une appli Respect Me (disponible gratuitement sur IOS et Google Play). Les réponses, sous forme d’icônes, de sons et de répliques, sont toutes basées sur le ton de l’humour. Exemple : on vous dit "vous nous feriez bien un petit café ?", et une voix off balance "je ne suis pas El Gringo". « L’humour permet d’avoir un effet miroir et de faire prendre conscience à la personne qui profère des propos sexistes, du ridicule et du caractère déplacé de son comportement. C’est une manière de le déstabiliser », explique Cristina Lunghi, présidente du cabinet Arborus. Mais attention à manier l’outil avec parcimonie. Pas évident que les membres d’un codir soient morts de rire en entendant parler de El Gringo. Donc il faut apprendre à doser.  

Kit anti-sexisme


Si les propos et/ou agissements sexistes se répètent vous pouvez évidemment entamer une procédure plus officielle en alertant la DRH, le médecin du travail, les représentants du personnel, le Défenseur des droits, etc.   
Détails de la marche à suivre dans le kit pour agir contre le sexisme .
Et aussi le site Sexismeordinaire.
 

La rédaction