Quand les recruteurs vous piquent vos idées en entretien d'embauche

Cet entretien d’embauche, c’était super bien passé. Vous aviez échangé avec le recruteur, donné envie avec vos meilleures idées, et pourtant vous n’avez pas été pris. Pour éviter certaines désillusions, mieux vaut parfois canaliser son enthousiasme… et son expertise !

Ne pas se dévoiler trop vite pour entretenir l’envie


« C’est un sentiment courant chez les candidats », observe Yves Maire du Poset, directeur du cabinet Piloter ma carrière. D’expérience aussi, il sait de quoi il parle. « En tant que consultant, je suis souvent approché pour des missions. Il m’est déjà arrivé, dès la première rencontre, qu’on me demande quelle stratégie adopter pour résoudre tel problème avant même que le contrat ne soit signé. » Pour cet expert en ressources humaines, auteur du guide Réussir votre entretien de recrutement, il est impératif de rester un peu vague. « Même si le recruteur n’est pas forcément mal intentionné, l’enjeu est de rester dans le registre de l’envie. Une première parade consiste à retourner la question à son interlocuteur en lui demandant plus de détails sur sa problématique interne. Ensuite, le candidat peut donner une réponse incomplète. Il peut décrire longuement comment il a déjà résolu une situation du même genre ailleurs sans s’étendre sur les outils utilisés. Si vous intéressez un employeur, c'est parce que vous savez faire quelque chose et lui pas. Il ne faut donc jamais donner le mode d’emploi en entier…  »

"Lors d’un premier entretien, on doit vous interroger sur votre parcours. Si on s’intéresse trop vite à votre travail en cours, soyez méfiant."

Jouer la carte du secret professionnel


Également rompue à l’exercice, Annick Haegel, auteure du guide La Boîte à outils des Ressources Humaines, évoque une autre parade. « Quand les candidats sont en poste, ils ont un devoir de réserve dont ils peuvent se servir. Ils peuvent juste dire qu’ils ont des pistes à suggérer mais qu’ils ne peuvent pas trop en dire par loyauté envers leur employeur… du moins pour l’instant. » A contrario, cette ancienne directrice des ressources humaines a souvent reçu des candidats un peu trop ouverts à son goût. « Certains déballent beaucoup de choses très vite. Je n’ai jamais aimé les candidats trop bavards et je crois qu’un peu de retenue est justement plus valorisante.»

 

Savoir déceler certains indices


Sans que ce soit une généralité, l’entretien d’embauche reste un moment privilégié pour échanger des pistes de travail à peu de frais. « C’est rare, mais certains recruteurs peuvent en profiter », concède Arnaud Franquinet. Directeur du développement du capital humain chez Grant Thornton, lui-même a déjà entendu parler de faux entretiens pour sonder des ingénieurs sur des brevets en cours par exemple. « Dans ce genre de situation, beaucoup de candidats veulent faire bonne impression et ne se rendent même pas compte des idées ou des informations qu’ils dévoilent. » Pour se protéger, cet ancien chasseur de têtes invite donc les intéressés à la plus grande vigilance. « Soyez attentif au type de question que l’on vous pose, recommande-t-il. Lors d’un premier entretien, on doit normalement vous interroger longuement sur votre parcours. Si on s’intéresse trop vite à votre travail en cours et à votre savoir-faire, soyez méfiant. » L’expert conseille de ne rien dire dès le premier entretien et de s’attarder sur la description du poste à pourvoir. Ne serait-ce que pour voir si un deuxième rendez-vous va suivre et si le candidat intéresse vraiment l’entreprise.

 

Et aussi, parfois, lâcher prise…


Car tous les recruteurs ne sont pas malhonnêtes, loin de là. « Il m’est déjà arrivé de recevoir des candidats alors qu’un poste venait d’être pourvu, confesse Christophe du Pontavice, directeur du réseau immobilier Efficity. Je les ai quand même reçus pour d’éventuels postes à venir et durant ces entretiens, j’ai souvent évoqué avec eux leur façon de trouver des biens à vendre. » Est-ce pour autant leur « piquer » des idées ? « Je ne l’ai jamais fait dans cet esprit. Je me disais plutôt que je voulais savoir leurs méthodes de travail. » Ce recruteur met en garde les intéressés contre une parano excessive. « Il faut vraiment distinguer ce qui découle du secret industriel ou d’une idée un peu révolutionnaire, d’une expertise professionnelle personnelle globale qui, de toute façon, reste incarnée par le candidat. L’un fonctionne rarement sans l’autre. Il faut quand même donner un peu de soi en entretien pour aller plus loin. »

 

La rédaction