Rumeur au travail : comment faire face... et s'en servir ?

Que vous travailliez dans une petite ou une grande entreprise, les bruits de couloirs sont un incontournable de la vie de bureau. Certains collaborateurs s’en divertissent, d’autres restent indifférents… jusqu’au jour où l’on est soi-même visé par une rumeur. Découvrez comment réagir pour ne pas en souffrir.

C’est l’histoire de Sabine. Cadre dans un service financier, elle est pressentie pour une promotion. Dans son nouveau poste, elle devra évaluer les talents de ses ex-collègues. Or, pendant la réunion censée valider cette promotion, un cadre en froid avec elle lâche que le relationnel n’est pas son fort. Elle aurait déjà chassé de son service un excellent collaborateur, aujourd’hui parti à la concurrence ! Résultat : soudain réputée « peu douée pour le relationnel », Sabine n’a pas été choisie. Cette anecdote, on l’a doit à Mauricio Goldstein, directeur du cabinet de conseil Pulsus Consulting. Auteur d’un livre sur la vie de bureau, il voie la rumeur comme l’un des petits jeux de pouvoir en entreprise les plus courants. « Les salariés utilisent le rouleau compresseur de la rumeur pour en retirer un avantage, résume-t-il. Au lieu d’affronter directement une personne avec laquelle vous avez un différend, vous en parlez à un tiers et vous vous plaignez auprès de lui ou vous vous répandez en propos négatifs sur votre adversaire. »

Quand la rumeur tourne au harcèlement


« La rumeur devient grave à partir du moment où elle a des conséquences néfastes sur la vie professionnelle ou sur la santé du salarié », analyse Aurore Van de Winkel, auteure du livre du livre Gérer les rumeurs, ragots et autres bruits.
Conseillère en gestion des rumeurs, elle invite la victime à réagir vite dans les cas les plus sérieux. Exemple : on dit de vous que vous êtes porté sur la boisson ou on vous accuse de favoritisme avec certains collaborateurs. « Si les bruits qui courent peuvent vous discréditer sur un plan professionnel, il faut mener son enquête et tenter d’identifier les maillons de la rumeur. » Parfois, une simple mise au point suffit. « Parce que, au bureau, certaines rumeurs peuvent être lancées ou relayées sans réfléchir et sans vraie intention de nuire. »
En revanche, une rumeur maligne qui persiste peut s’apparenter, aux yeux de la loi, à du harcèlement moral. Notre experte distingue les ragots anodins qui alimentent les discussions à la machine à café et la calomnie, voire la diffamation, punies par la loi. Il est alors conseillé d’en informer la médecine du travail ou la direction des ressources humaines pour se protéger.

Quand la rumeur n’est que du bavardage


Mais, heureusement, les cas les plus graves sont loin d’être les plus courants. « En général, la rumeur se résume à un bavardage qui sert à fédérer les salariés entre eux, relativise Aurore Van de Winkel. Autour de la machine à café, on échange avec ses amis ou ceux dont on souhaite se rapprocher en dévalorisant l’autre. » Pas toujours facile à accepter, certes. À charge donc, pour l’intéressé, de réagir intelligemment.
« Démentir est souvent la pire riposte car personne ne s’attend à vous voir avouer une faute, poursuit-elle. Si on veut dire quelque chose, mieux vaut plaisanter de la rumeur pour démontrer sa futilité. » On dit que vous êtes autoritaire ? Lâchez, un jour, que vous adorez maltraiter vos collaborateurs par exemple. Mais, souvent, la meilleure solution reste encore de ne rien dire. « Même si certains bruits ne sont pas agréables, ils finiront par passer s'ils ne sont pas fondés. Et ils sont surtout le signe que vous êtes important ou que vous dérangez. »
Malgré tout, rien n’interdit l’intéressé de s’interroger sur les origines de certaines rumeurs. « Parfois il n’y a pas de fumée sans feu. Si on dit que vous êtes volage, c’est peut-être à cause d’une familiarité excessive avec certaines collaboratrices. C’est peut-être l’occasion d’ajuster son comportement et certains bruits cesseront naturellement. »

Quand la rumeur… peut vous servir


Malgré tout, on aurait tort de dénigrer – complètement – certains bruits de couloir. « L’inverse se produit aussi : les rumeurs positives visent à gonfler artificiellement les performances d'un salarié », observe Laurent Gailraud, consultant en intelligence économique.
Le mode d’emploi ? Sans forcément mentir, rien ne vous empêche d’ébruiter certains succès ou d’amplifier l’intérêt que vous suscitez chez d’autres employeurs potentiels. Seule condition : user d’une discrétion toute relative. Une excellente technique consiste à dévoiler une information faussement par hasard : évoquez-la un peu fort lors d’une conversation téléphonique ou avec un collègue à la cantine à proximité d’autres collègues. Ou mieux encore, pour assurer une diffusion maximale, transmettez-la… sous le sceau du secret. « Plus on insiste sur le caractère confidentiel et plus les participants violent le secret, poursuit l’auteur du livre Orchestrer la rumeur. Il s’agit donc d’entretenir ce secret dans nos rumeurs pour provoquer un bon taux de diffusion. »

La rédaction