Se faire augmenter grâce à une proposition d'emploi

Vous avez reçu une proposition d’embauche avec un salaire plus élevé et vous souhaitez en profiter pour faire grimper votre rémunération chez votre employeur actuel ? Attention, la technique n’est pas sans risque. Voici le récap’ des précautions à prendre avant de se lancer dans une telle démarche.

Bonne ou mauvaise idée ?


Comme dans toute autre situation de négociation salariale, l’utilisation d’une proposition d’emploi est une question de timing. Selon Frédéric Adida, coach en management et en carrière et président de l’Institut Assaté, « à l’heure où les employeurs sont plus souvent en position de force, cette technique n’est pas forcément une bonne idée. Soit on acceptera de vous augmenter, mais cela sera pour d’autres raisons que cette nouvelle offre d’emploi, soit votre demande sera tout simplement refusée. » Vous souhaitez tenter l’expérience malgré tout ? Alors mettez-y les formes.

Aborder le sujet avec tact


Restez vague sur les circonstances : inutile de mentionner le nom de l’entreprise qui vous fait de l’œil ou de préciser comment cette offre vous est parvenue. Une pirouette du type "Il se trouve que j’ai reçu une proposition d’embauche" est un bon moyen de débuter la conversation avec votre N+1. Enchaînez ensuite sur : "Je ne vous cache pas que je fais face à un dilemme car d’un côté, je suis très heureux ici, mais de l’autre, cette proposition est tentante car la différence financière est conséquente."

N’oubliez pas d’argumenter votre demande d’augmentation


« La seule vraie solution pour revoir votre salaire à la hausse, c’est de comprendre les leviers de décision de votre hiérarchie », estime Guillaume Pican, directeur chez Michael Page. La proposition d’une entreprise concurrente ne peut servir que d’impulsion supplémentaire. Votre négociation doit s’accompagner d’éléments factuels : résultats, contribution à la productivité de l’entreprise, responsabilités endossées…

Proposez des alternatives


En cas de refus malgré ces arguments, la question qui s’impose est "Alors… que pouvons-nous faire ?" Auteur de 101 conseils pour bien négocier son salaire… ou une augmentation, Daniel Porot insiste sur le "nous" : « mettez-vous dans le même bateau que l’employeur car il s’agit d’une situation à résoudre ensemble. »
Il se souvient d’un contact qui avait tenté sans succès de se faire augmenter grâce à une offre d’emploi. « Il a accepté de rester tout de même, à condition qu’on lui confie davantage de responsabilités, et ce pour la même rémunération. Grâce à l’expérience et aux compétences ainsi acquises, lorsqu’il a quitté son entreprise deux ans plus tard, ça a été pour un salaire de 40 % supérieur ! » Et si vous ne souhaitez pas réfléchir ainsi sur le long terme, d’autres solutions s’offrent à vous. Notamment la négociation d’avantages en nature, qui coûtent moins cher à l’entreprise qu’une augmentation et ne créent pas de précédent.

L’erreur à éviter


Elle se résume en un mot : le bluff. En effet, comme l’explique Guillaume Pican, « si vous voulez mettre la pression à votre employeur, vous devez être prêt à mettre vos menaces à exécution. Car l’une des réponses possibles est un clair "si vous voulez partir, on ne vous retient pas". »
En bref, une telle tactique peut faire mouche si vous occupez un poste stratégique. En revanche, si 250 candidats n’attendent que votre départ pour sauter sur votre place, abstenez-vous.

Les risques de cette stratégie


L’entreprise à l’origine de l’offre d’emploi se sent manipulée
Ce n’était peut-être pas votre intention à la base, mais en participant à un processus de recrutement dans une autre entreprise et en finissant par refuser son offre au profit d’un meilleur salaire chez votre employeur actuel, vous l’avez tout simplement utilisée pour parvenir à vos fins. Ne comptez pas sur elle pour vous donner une nouvelle chance.
 
Votre employeur peut mal le prendre
Même en admettant que votre patron accepte de vous augmenter, vos futures relations risquent d’être tendues : vous lui avez prouvé que vous êtes prêt à partir pour un chèque plus dodu et que vous n’êtes pas si attaché que ça à son entreprise.
 
Ça ne marche qu’une seule fois
Pas question d’adopter cette stratégie à chaque entretien annuel d’évaluation. On finirait par trouver suspect de vous savoir si courtisé et par se lasser de ce qui sera perçu comme un chantage perpétuel.

La rédaction