Vie privée-vie professionnelle : où poser les limites ?

La séparation entre vie professionnelle et vie personnelle n’est, aujourd’hui, plus si nette. Alors comment se comporter pour ne pas souffrir de ce nouveau phénomène ? Keljob fait le point avec des experts en management et un avocat.

Quand la limite vie pro/vie perso n’existe plus


La société Michel et Augustin ne porte pas le nom de deux copains par hasard. « Je partage beaucoup avec mes collaborateurs et il y a un vrai esprit d’équipe, une amitié entre les membres de l’entreprise », explique Augustin Paluel-Marmont à l’invitation d’un colloque sur le thème Manager autrement. Pour être coopté dans l’entreprise, il faut clairement baisser sa garde.
L’an dernier, la jeune société a reçu 2 500 candidatures spontanées. « Nous avons sans doute un des processus de recrutement les plus longs et les plus originaux, poursuit le jeune dirigeant. Nous demandons même de dîner avec les conjoints respectifs, afin de connaître les candidats hors du cadre professionnel ! Nous ne souhaitons pas qu’il y ait de séparation vie privée et vie professionnelle, pour nous c’est un tout, le candidat est avec nous comme il est naturellement. »
Cette philosophie de management est volontairement iconoclaste. Au nom du plaisir pris au travail, l’entreprise, envisagée comme une famille, permet de dépasser la séparation entre vie professionnelle et vie personnelle. Mais le duo reconnaît aussi qu’il fait figure d’exception à la règle…

Distinguer le personnel et l’intime


En parler ou pas au bureau ? De ses vacances à la mer, de son week-end en famille ou du dernier film que l’on a vu au cinéma ? Ou encore de son désir d’enfant, de ses déboires conjugaux ou de récents soucis de santé ? D’aucuns rappellent que l’on passe parfois plus de temps avec certains collègues qu’avec son conjoint ! « Il paraît irréaliste de pouvoir totalement différencier vie professionnelle et vie privée », observe Yves Maire du Poset, Président du cabinet Piloter ma carrière et auteur de guide Toutes les clés du savoir-vivre en entreprise.
Néanmoins le consultant distingue des éléments intimes - qu’il vaut mieux garder pour soi – d’informations personnelles - mais sans conséquence - qui facilitent le lien social dans l’entreprise. « Donner pour mieux se protéger, résume-t-il. Vous devez accepter que pour vous protéger de la curiosité (saine ou malsaine) des autres, il vous faut savoir leur donner quelques éléments. »
« C'est bien d'avoir des copains dans une entreprise mais le salarié ne doit pas divulguer trop vite des infos sur sa santé ou sa vie personnelle qui pourraient lui nuire par la suite », confirme Alexandre Ginoyer, auteur des Clés du management.

Ce qu’un manager peut savoir (ou pas)


Si votre humeur est soudain maussade, vos supérieurs hiérarchiques sont-ils en droit de savoir pourquoi ? « Si vous divorcez, il peut être utile de le révéler pour solliciter un aménagement de vos horaires pour vos enfants, poursuit le consultant. Mais pour le reste, le salarié garde le droit au respect de sa vie privée. » Si deux collègues entretiennent une liaison qui s’ébruite, leur n+1 est tenu à une certaine réserve. « Il ne peut faire de remarque que s’il relève un trouble effectif dans le travail et encore sous la forme d’un constat simple et objectif, sans émettre aucun jugement, avec une phrase du genre “J'ai remarqué que tu semblais moins concentré…” Même si le salarié nie, il aura entendu la remarque. »

La loi protège la vie privée


« Le Code du Travail ne formule en théorie aucune question interdite, résume Eric Rocheblave, avocat spécialiste en Droit social. En revanche, il punit la discrimination» Autrement dit, sauf faute professionnelle manifeste, on ne pourra guère vous apostropher sur votre vie privée. « L’employeur ne peut vraiment s’en mêler que si les troubles à la vie de l’entreprise sont caractérisés. Si un salarié alcoolique arrive en titubant devant témoin par exemple. »
Pour le reste, toute remarque déplacée pourra être jugée discriminatoire dans certains contextes. En vertu de l’article L.122-45 du Code du travail, aucun salarié ne peut être sanctionné en raison, entre autres, de ses mœurs, de ses opinions ou de son état de santé.

La rédaction