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Entretien : comment répondre aux questions pas très légales

Enfants, famille, santé, origines,… : autant de questions délicates – voire interdites – qui peuvent s’inviter à un entretien d’embauche. Nous avons demandé à un avocat et un recruteur comment y répondre le plus intelligemment possible, selon les circonstances. Leurs réponses en cinq scénarios.

Procédurier : ne rien laisser passer

Pour répondre en évoquant la loi, encore faut-il savoir à partir de quand une question devient déplacée. « Le Code du Travail ne formule aucune question interdite, résume Eric Rocheblave, avocat spécialiste en Droit social au Barreau de Montpellier. En revanche, il punit la discrimination ».

En vertu de l’article L. 122-45 du Code du Travail, « aucune personne ne peut être écartée d’une procédure de recrutement » en raison de son origine, son sexe, son orientation sexuelle, son âge, sa situation de famille, ses origines, ses opinions politiques, ses activités syndicales, ses convictions religieuses, son apparence physique, son état de santé ou encore son handicap. « Il semble évident, face à une question ouvertement raciste ou homophobe, de mettre un terme à l’entretien, voire d’envisager des poursuites contre le recruteur, poursuit l’avocat. Mais c’est rare. Dans la grande majorité des cas, certaines questions perçues comme ‘limites’ méritent réflexion avant de faire une croix sur un poste auquel on postule. »

Pragmatique : rassurer le recruteur… un minimum

Même si lui se refuse à s’aventurer en dehors des terrains balisés par la loi, Laurent Rodriguez, auteur du blog « Recruteur et Candidat », reconnaît que certaines pratiques perdurent. « Il m’est arrivé, lors d’entretiens menés avec des managers, d’assister à quelques embardées dans la sphère privée, notamment sur la question des enfants. »

Faut-il s’en indigner ? « Pas forcément, relativise Eric Rocheblave. Comme le précise l’article L. 1221-6 du Code du Travail, un recruteur peut poser certaines questions si elles sont objectivement nécessaires, en termes d’organisation par exemple. »

Sans entrer dans les détails, il suffit souvent pour le candidat, sans se braquer, de rassurer le recruteur sur sa motivation et sa future implication dans le poste. C’est même un moyen, selon Laurent Rodriguez, de se valoriser. « Une femme qui gère des enfants d’un côté, et une carrière de l’autre, me fera toujours bonne impression. »

Psychologue : comprendre pourquoi on me pose la question

Restent certaines questions intrusives, posées parfois sur un ton faussement badin en fin d’entretien. Exemple : « Au fait, vous avez une épouse ? ». Variantes : « Vous voulez d’autres enfants ? » ou « Vous êtes originaire d’où ? ». Vous trouvez une question hors limite ? Dans ce cas, notre recruteur suggère de bien jauger la situation.

« Si c’est juste une question indiscrète, vous pouvez répondre brièvement ou rester vague, et vite changer de sujet pour ne pas vexer votre interlocuteur. Mais si la question est plus tendancieuse, il peut être judicieux d’interroger le recruteur sur son rapport avec le poste. Si c’est une simple maladresse, il la retirera de lui même. Il ne faut pas oublier que, dans certains entretiens pour des postes stratégiques, c’est aussi une façon de déstabiliser le candidat, de tester son répondant ou, tout simplement, sa capacité… à dire non. »

Prévoyant : répondre à une question gênante… avant qu’on ne vous la pose

Interroger quelqu’un sur ses origines peut choquer. « Sauf s’il s’agit de travailler dans un salon de coiffure afro par exemple », tempère Eric Rocheblave. « Je conseille de ne dire certaines choses que si on vous les demande, analyse Laurent Rodriguez. Mais il n’est pas interdit d’anticiper une question si on sent une interrogation du recruteur. »

Si, pour une raison ou pour une autre, vous craignez de manquer de légitimité, évoquez d’emblée votre parcours et surtout toutes les compétences que vous pourriez apporter à ce poste. Si vous avez un trou sur votre CV à cause d’une longue maladie, balayez tout de suite le sujet - sans entrer dans les détails - avant qu’on vous pose la question. « Et si le recruteur s’attarde sur un point personnel en particulier, demandez-lui s’il y a eu des précédents dans l’entreprise qui justifient cette inquiétude. Le recruteur appréciera. Souvent, les candidats ne font que se vendre sans s’intéresser à la boîte qui pourrait les employer. »

Malhonnête : peut-on mentir à un recruteur intrusif ?

Reste un ultime scénario, un peu radical. Si vous tenez absolument à décrocher un poste, il peut être tentant de dire à un recruteur… ce qu’il a envie d’entendre. Peut-on promettre que l’on n’aura jamais d’enfant ? Prétendre ne pas être syndiqué ou - cas encore plus extrême - revendiquer une religion qui n’est pas la sienne ? « Bâtir un recrutement sur un mensonge n’est pas une solution idéale, surtout qu’une embauche exige un minimum de loyauté », commente Eric Rocheblave. « Et dans l’absolu, il vaut mieux ne pas intégrer une entreprise dont on ne partage pas les valeurs, confirme Laurent Rodriguez. Car un entretien donne aussi une certaine image de l’endroit où on va mettre les pieds... »

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