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Comment j'ai retrouvé un boulot en étant handicapé : ils témoignent

À l’occasion de la Semaine pour l’Emploi des Personnes Handicapées (SEPH), nous avons demandé à trois d’entre elles comment elles s’y étaient prises pour décrocher un job. Retour d’expériences.

>>Jonathan Vulliet, 28 ans, consultant spécialisé dans le secteur public chez Accenture France, a retrouvé grâce à un forum recrutement virtuel.

 

« Ma recherche d’emploi ? Un job à temps plein pendant 4 mois. D’abord, je m’étais inscrit à toutes les newsletters spécialisées sur le handicap pour être au fait des actualités sur le sujet », se souvient ce jeune consultant. Et c’est là, qu’il découvre l’existence du salon de recrutement digital Handi2day. Le principe est simple : on dépose son CV en ligne sur le stand des entreprises exposantes cibles et on décroche (ou pas) un entretien express au téléphone avec un recruteur. « Je suis originaire de Haute-Savoie donc pour moi, ce type d’évènement est une aubaine. Cela limite les coûts et la fatigue des transports. Quand on vient de province, se rendre sur ces salons est toujours plus compliqué et stressant que pour les candidats locaux », commente ce jeune homme souffrant d’une polyarthrite rhumatoïde. Jeune diplômé de Sciences Po désirant bosser chez Accenture, il dépose alors une unique candidature sur le stand virtuel du cabinet de conseil. Son profil tape dans l’oeil du recruteur connecté qui le convie à un entretien téléphonique quelques heures plus tard. « Durant 20 minutes, on a parlé de mon parcours, mes envies et mes compétences. En fin d’entretien, mon interlocuteur a évoqué la question du handicap afin d’estimer les éventuelles aménagements à prévoir. Pouvoir échanger avec un interlocuteur sensible au handicap et bienveillant est un vrai plus », apprécie-t-il. Repéré grâce à Handi2day, Jonathan Vulliet intègre dans la foulée le parcours de recrutement classique de la firme : serious game, résolution de cas collectif, entretiens… et décroche finalement un poste d’analyste. « Durant tout le processus de recrutement, je suis resté en contact avec la personne de la mission handicap afin de suivre l’avancée de ma candidature. Mon handicap n’a plus été abordé durant les entretiens qui ont suivi, le sujet ayant été traité en amont avec elle », se souvient-il. Et effectivement, au quotidien, son handicap n’est plus vraiment un sujet. « Lors de crises aigües, il peut m’arriver d’avoir les mains très gonflées au point de ne pas pouvoir taper sur mon ordi. J’en informe mon manager et je travaille sur autre chose. Chez Accenture, les managers sont sensibilisés au handicap et surtout habitués à travailler avec des gens ayant des profils très différents», apprécie-t-il. Et le handicap est une différence comme une autre. 

 

>>Mohamed Ali Soultan, 40 ans, expert en middleware informatique a participé à un Handicafé lors de la Semaine pour l'Emploi des Personnes Handicapées (SEPH).

 

Avant de se lancer en indépendant, Mohamed Ali Soultan a connu la galère de la recherche d’emploi des travailleurs handicapés. Equipé d’une béquille suite à des séquelles de polio, il se souvient des entretiens d’embauche biaisés. « En me voyant débarqué avec ma béquille, les chargés de recrutement me demandaient d’emblée comment j’allais pouvoir me déplacer en Île-de-France mais sans vraiment aller au fond des choses. Jamais, ils n’évoquaient le handicap, j’étais éliminé d’office alors que faire une heure de trajet aller et retour ne me posait aucun problème », se souvient-il. Il reste alors au chômage six mois avant d’entendre parler, via la newsletter du Cap emploi de Puteaux, d’un Handicafé organisé par l’Adapt à l’occasion de la SEPH. « Sur place, j’ai rencontré quatre recruteurs handi-accueillants. On a échangé sur mes compétences et la compensation de mon handicap afin d’améliorer mes conditions de travail. J’avais juste besoin d’une place de parking car je me déplaçais en voiture et d’un bâtiment accessible en ascenseur. C’est très agréable de pouvoir parler librement à un employeur averti. Les échanges n’en sont que plus fructueux », raconte-t-il. Il sera finalement embauché à l’issue de ce Handicafé mais trois ans plus tard, préfèrera voler de ses propres ailes.

 

>>Louise*, 37 ans, en contrat de professionnalisation dans une grande entreprise grâce au programme de formation en alternance SALTO.

 

Bac +6 en poche, Louise débute sa carrière par 5 ans au service d'un ancien premier Ministre à l'étranger, puis enchaîne par un poste dans une ambassade, avant un poste de manager communication et commercial dans un grand groupe. Toujours entre deux avions avec une forte charge de travail, elle est victime d’un infarctus qui lui impose de stopper net son boulot. Pendant sa convalescence, elle s’interroge sur une reconversion professionnelle en France et entame une démarche de Reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH). Premier réflexe : Pôle emploi. « Zéro aide, quand on leur parle, ils ne vous écoutent pas et proposent des postes à 39 heures dans un domaine très stressant alors que j’ai désormais besoin de journées plus courtes et d’une charge de travail allégée », se souvient-elle. Donc chou blanc à Pôle emploi, direction Cap emploi, le réseau d’organismes en charge de l’emploi des personnes handicapées. « Là, on m’a rapidement fait comprendre que mon profil de femme, divorcée avec un enfant et handicapée était … un handicap. On me disait de prendre mon temps », sourie-t-elle aujourd’hui. Mais pas question pour cette jeune femme active de perdre son temps. Son souhait : bosser dans les ressources humaines. Elle fouille donc sur internet et finit par tomber sur SALTO. Un programme de formation en alternance dédié aux personnes handicapées. Elle se rend alors à un forum SALTO et rencontre 3 grands employeurs. « On a échangé sur mes compétences et mes souhaits et pas uniquement sur le handicap », raconte-t-elle. Aujourd’hui, Louise prépare un master 1 en gestion des ressources humaines au CESI en alternance  à raison de 3 semaines en entreprise et une semaine en cours. Et ce pour un an, après elle verra si elle enchaîne avec un master 2 ou un poste direct. « Je suis sereine, je sais que je n’aurais pas de difficultés à trouver un job intéressant », conclut-elle. Mais elle actionnera ses réseaux plutôt que les structures d’aide à la recherche d’emploi classiques. 

 

* Le nom a été changé

 

             

 

 

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