Chercher un emploi quand on est enceinte

Pas facile de trouver du travail quand on attend un enfant, mais pas impossible quand on sait comment chercher ! Adoptez les bons réflexes grâce aux conseils de pros qui ne font pas de langue de bois.

Un heureux événement ? Pas pour tout le monde. Christian Malécot se souvient encore de cet excellent profil qu’il n’a pas réussi à « vendre » à l’un de ses clients. « La candidate était parfaite mais enceinte, se souvient ce conseiller en recrutement, associé au cabinet Axessio. Elle a annoncé sa grossesse et le recruteur n’a pas voulu attendre quelques mois. Je pense sincèrement qu’il est passé à côté de quelqu’un. C’est dommage, mais ça arrive. »
 

Une discrimination difficile à prouver


L’employeur est-il dans son droit ? « Dans les textes, la loi punit la discrimination, précise Eric Rocheblave, avocat spécialiste en Droit social au Barreau de Montpellier. En vertu de l’article L. 122-45 du Code du Travail, aucune personne ne peut être écartée d’une procédure de recrutement en raison de sa situation de famille ou de son état de santé par exemple. Mais c’est souvent difficile à prouver. » En effet, la réalité est plus complexe. Libre à lui de ne pas vous rappeler ou d’invoquer une autre raison…
"Mettre un employeur devant le fait accompli reste la pire des solutions."

Annoncer sa grossesse au recruteur ou pas ?


De quoi donner à une femme enceinte des envies de se taire, non ? Dans les textes, rien ne l’oblige à évoquer sa grossesse. Mais dans les faits, c’est une autre histoire. « Mentir sur cette question pendant un recrutement est risqué, poursuit l’avocat. Une embauche exige un minimum de loyauté envers l’employeur. »
« Bien sûr que c’est plus difficile de se vendre enceinte, confirme Yves Maire du Poset, auteur du livre Réussir votre entretien de recrutement. Mais mettre un employeur devant le fait accompli reste la pire des solutions. Un recrutement doit commencer sur des bases honnêtes sinon la salariée cours le risque d’être renvoyée en période d’essai. »
Christian Gury, lui aussi, relativise. « Ce n’est pas un sujet tabou parce que tout patron sait que cela peut arriver dans une certaine tranche d’âge, explique ce consultant en évolution de carrière. Il faut s’organiser pendant quelques mois et ce n’est pas forcément le bon moment. Mais cela fait partie de la vie et c’est clairement admis. »
 

Le dire au bon moment du recrutement


Reste l’art et la manière de le dire. Et surtout le bon moment. « Les recrutements prennent du temps, observe Christian Malécot. Raison de plus pour le dire assez vite. Parce que les délais sont parfois très longs, cela peut marcher. En même temps, je recommande quand même de ne pas le dire lors du premier contact téléphonique, mais d’attendre d’être face au recruteur, en entretien. »
Yves Maire du Poset y voit même un autre avantage : c’est l’occasion pour la candidate de montrer ses capacités d’organisation. « Un employeur sérieux et motivé pourra toujours s’arranger. Surtout si la candidate le rassure sur sa motivation et sa gestion du temps. Elle peut proposer, par exemple, de s’imprégner de certains dossiers pendant son congé maternité. »
Isabelle Fontaine confirme. Auteure du livre Devenir mère et réussir sa vie professionnelle, cette mère de trois enfants a réuni de nombreux témoignages sur les différentes réactions possibles. Mais au final, face à un recruteur qui s’interroge, elle recommande une franchise décomplexée suivie d’une approche rassurante. « Parce que de plus en plus d’entreprises reconnaissent les qualités d’organisation des mamans, assure-t-elle. Être maman n’est pas un handicap mais aussi une vraie force ! »
« À une époque qui se veut civilisée, est-ce acceptable que quatre femmes sur dix déclarent stresser à l’idée d’annoncer leur grossesse à leur manager ? », interroge Jérôme Ballarin. Président de l’Observatoire de la parentalité en entreprise et auteur d’un rapport sur la question. En 2012, près de 400 entreprises avaient déjà signé la charte qu’il a proposée. Peut-être faut-il commencer sa recherche par celles-là.
 

Quand elle annonce sa grossesse, elle est congédiée. Mais ensuite…


Elle ne l’a pas dit tout de suite. Quand elle décroche ce poste tant convoité dans un laboratoire d’analyses médicales, Sandrine ignore encore qu’elle est enceinte. Plus tard sa grossesse commence à se voir et la jeune ingénieure se résout à annoncer la nouvelle au recruteur. Elle est d’abord soulagée. Il assure que le laboratoire à l’habitude.
Sauf que, deux semaines plus tard, le contrat est rompu. Gêné, le recruteur prétend que son profil n’intéresse plus la société. Sandrine s’interroge évidemment sur une discrimination liée à son état et décide de contacter directement le directeur du laboratoire. Son plaidoyer est entendu et son poste, maintenu. Par la suite, elle gardera même des relations cordiales avec le recruteur hésitant. Le « malentendu » a été dissipé. Et le congé maternité, apaisé.

La rédaction