Motif arrêt maladie : doit-on dire toute la vérité ?

Ce sont des choses qui arrivent mais avec des degrés de gravité variables. On peut poser un arrêt maladie pour une gastro comme pour un burn-out. Mais que dire à nos collègues ou à son manager, souvent curieux, à son retour au travail ?

Utiliser le flou des arrêts maladie

« Les salariés l’ignorent souvent, mais rien, dans la loi, absolument rien, ne les oblige à révéler les raisons d’un arrêt maladie, insiste Marielle Dumortier, auteure du guide Mon médecin du travail (éd. Le Cherche Midi). Cela vaut pour tous ses collègues, que ce soit son voisin de bureau, son manager et même la DRH. L'unique obligation légale consiste à prévenir l'entreprise de son absence en envoyant son arrêt maladie dans les temps. » Pour avoir été confrontés à la situation, les salariés savent que le feuillet à envoyer à son employeur reste très évasif sur les motifs de son absence. « Ce n’est pas pour rien car cela relève strictement de la vie privée, poursuit la médecin du travail. Trop souvent, je vois des salariés revenir et tout déballer en espérant parfois un peu de compréhension. Or, même si son manager paraît bienveillant, il faut se rappeler qu’il n’est pas forcément un ami… » Cette spécialiste rappelle qu’il faut peser les conséquences de la vérité. « Évidemment, ce n’est pas la même chose si on a eu la grippe ou traversé une dépression par exemple. Mais il est des maladies qu’il vaut mieux garder pour soi pour éviter certains préjugés ensuite, voire que ce ne soit ébruité à d’autres… »

 

Savoir que dire et à qui

« Si on a eu une gastro, on peut le dire car c’est courant et cela suscitera une certaine sympathie, sourit Marianne Perrette, consultante chez Coach2Vie. Pour une maladie aussi banale, pas la peine de faire de mystères ! » Mais pour avoir accompagné des salariés de retour au travail, cette coach insiste sur l’importance du regard des autres. « En cas de maladie grave, on peut parler à un collègue de confiance, mais il faut vraiment être sûr de sa discrétion. » Mais quand un salarié revient après un burn-out ou une chimiothérapie, il n’aura pas forcément envie de s’étendre. « Dans ces cas-là, je recommande de préparer quelques phrases pour fermer la parenthèse. On peut dire par exemple "J’ai eu un gros pépin mais ça va mieux maintenant par exemple". Un collègue comprendra que vous voulez parler d’autre chose et un manager entend ce qu’il a besoin d’entendre : que vous prêt à travailler comme avant. »

 

Ne pas refuser les aides quand on en a besoin

Mais reste cependant le cas, fréquent, où justement on ne peut pas travailler comme avant. « Il arrive souvent que le salarié ait besoin de reprendre doucement, parce qu’il a encore des soins ou simplement parce qu’il n’a pas encore physiquement ou psychologiquement la force de se replonger complètement dans autre chose », témoigne Marielle Dumortier. Car l’employeur espère parfois, à tort, retrouver son collaborateur pleinement opérationnel. « La maladie reste un sujet difficile à aborder en entreprise, c’est pourquoi, un salarié a intérêt à profiter de certains accompagnements. » Pour faciliter leur retour ce docteur recommande régulièrement aux salariés qu’elle croise d’utiliser les dispositifs prévus par la loi. « S’il y a un rendez-vous à prendre et à ne pas manquer, c’est la visite de pré-reprise, deux à trois semaines avant le retour au travail. Les échanges avec le médecin du travail sont confidentiels. Il saura orienter le salarié sur certaines aides possibles et pourra même formuler des recommandations auprès de l’employeur, comme un changement de poste ou de rythme temporaire pour éviter certaines fatigues. »

Céline Chaudeau